Antoine Carillon (Matveï Chabelski), Renaud Castel
(Kossykh), Hervé Colombel (Troisième invité),
Lucien Czarnecki (Premier invité), Michel Dietz
(Pavel Kirillitch Lébédiev),Yvan
Garouel (Nikolaï Alexéievitch Ivanov),
Pascal Guignard (Evgueni Constantinovitch Lvov), Laurence
Le Dantec (Marfa Iégorovna Babakina), Christine Melcer
(Zinaïda Savichna), Patricia Mesplié (Iegorouchka),
Isabelle Montoya (Sacha), Syla de Rawski (Avdotia
Nazarovna), Jean Tom (Mikaïl Mikhaïlovitch Borkine),
Catherine Van Hecke (Seconde invitée), Sara Viot
(Anna Petrovna), Gérard Zimmer (Gavrila)
Ivanov
s'est tellement donné qu'à quarante-cinq ans, c'est
un homme fini. Un nouvel amour pourra-t-il lui rendre son énergie
? Empêtré au sein d'une bourgeoisie qui se désagrège,
Dom Juan de pacotille, s'éloignant d'un foyer en déshérence,
il se lance dans une fuite en avant éperdue.
Régulièrement,
au cours de l'histoire, et de l'histoire du théâtre,
par période, lorsqu'une civilisation se sclérosait,
et que le théâtre ambiant, à son image, se
momifiait à son tour dans des formes artificielles, détachées
de toute recherche sur son contenu, on est revenu à un
théâtre plus vivant, se débarrassant de ses
oripeaux, se préoccupant de son vecteur principal, l'acteur,
et par-là même, l'homme, dans sa globalité,
sans fioritures ni complaisance. Un théâtre qui voulait
montrer l'Homme à l'homme, certes, mais par les moyens
de l'homme, dans sa complexité dramaturgique, psychologique,
et par sa simplicité d'expression. Où l'émotion
soutenait l'intelligence. Ce fut le cas avec Goldoni, qui rejeta
la Comedia del'Arte, avec Molière, puis du Diderot des
premiers temps, enfin de Stanislavski ou bien encore d'Antoine
ou de Brook. À l'heure où l'on nous prédit
un changement de civilisation, pratiquer ce théâtre-là,
du théâtre "vivant", en opposition au théâtre
formel, au théâtre d'enveloppe, au théâtre
linéaire, au théâtre indicatif, signalétique,
au théâtre extérieur, au théâtre
vide, au théâtre fait, pratiquer ce théâtre-là,
prendre le contre-pied du théâtre officiel, du théâtre
d'État, devient salutaire, missionnaire et visionnaire.
Yvan
Garouel
"
J'ai assisté à une reprise d'Ivanov, au Théâtre
d'Art de Moscou. À la fin du quatrième acte, Ivanov
dit : "Assez de bavardage, le jeune Ivanov s'est réveillé
en moi, je sais ce que je dois faire." Et en disant ces mots,
il se tire une balle dans le cur. Ce soir-là il s'est
passé quelque chose d'inexplicable, après le coup
de feu, le rideau ne s'est pas baissé. Toute la salle était
debout ; les femmes, les hommes pleuraient. Tout le monde était
comme hypnotisé, tout le monde était sûr que
l'acteur qui jouait Ivanov s'était tué vraiment.
Ce n'était pas une panique, mais une immense douleur qui
s'était emparée du public tout entier. Quelques
minutes plus tard on a baissé le rideau du Théâtre
d'Art avec ses deux mouettes brochées et Stanislavski est
venu devant le rideau nous dire que Katchalov (c'était
l'acteur qui jouait Ivanov) était vivant et qu'il ne fallait
pas pleurer "La Révolution est venue quelques
années plus tard."