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de Eduardo De Filippo

Comédie dramatique en 3 actes

texte français : Huguette Hatem
mise en scène Anne Coutureau

Avec l'Aide à la Création du Centre national du Théâtre

Du 20 janvier au 19 février 2012
Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes)

froggydelight après la lecture au Petit Saint-Martin

Diffusion :
Andrea Torres Gibert 06.66.50.76.35
Presse :
Francesca Magni 06 12.57.18.64

 



assistantes à la mise en scène : Amélie Cayol et
Isabel de Francesco
costumes : Philippe Varache*
lumière : Patrice Lecadre
scénographie : Elodie Monet
son : Jean-Noël Yven
maquillage et coiffure : Solange Beauvineau

avec:
Maria Rosaria : Eloïse Auria
Errico "Settebellizze" : Francesco Calabrese
Adelaïde Schiano : Cécile Descamps
Riccardo Spasiano : Emmanuel Gayet
Federico et le docteur : Pascal Guignard
Face de moine : Pierre Benoist
Ciappa : Patrick Courteix
Peppe-le-cric : David Mallet
Donna Peppenella et Teresa : Pauline Mandroux
Gennaro Jovine : Sacha Petronijevic
Assunta : Sophie Raynaud
Amedeo : Gaétan Guilmin
Amalia Jovine : Perrine Sonnet

* avec le soutien de

critiques

La théâtrotèque

Froggydelight

 

 



Eduardo

Eduardo De Filippo naît à Naples en 1900 et traverse le vingtième siècle sur les planches.

Fils naturel du célèbre auteur et directeur de troupe Eduardo Scarpetta, il débute à quatre ans, exerce tous les métiers de la scène et apprend en même temps le théâtre et la vie. Entouré de son frère Peppino et de sa sœur Titina, il se fait un nom dans le milieu du Varietà grâce à son grand talent d'acteur, excellent dans leurs sketches comiques. Puis, en 1931, le trio fonde le Théâtre Humoristique des De Filippo qui joue les pièces qu'Eduardo et Peppino écrivent. Pendant douze ans leur renommée ne fait que croître et dépasse les frontières napolitaines. Puis c'est la guerre, il écrit Naples millionnaire! Cette année-là, les deux frères se séparent. Peppino poursuivra de son côté sa carrière et Eduardo fonde La Compagnie du Théâtre d'Eduardo.

Le succès ne faiblira pas. Il écrit, monte et interprète ses pièces, une quarantaine, qui sont traduites et jouées dans le monde entier et filmées par lui-même pour la télévision. Il reconstruit le Théâtre San Ferdinando à Naples, réalise des films, joue au cinéma, travaille pour la radio, publie des poèmes, des essais, enseigne la dramaturgie et reçoit d'innombrables récompenses. Il meurt à Rome en 1984. Ce jour-là est décrêté jour de deuil national???

Dans son pays, l'acteur est aussi connu que Chaplin et son public qui lui voue un véritable culte, l'appelle familièrement Eduardo. S'inscrivant dans la grande tradition du théâtre populaire, il est désormais reconnu dans le monde entier comme l’un des plus grands dramaturges italiens.

"C'était un auteur qui, même dans les situations les plus désespérées, faisait apparaître tout à coup, par une fissure, une lueur d'espoir, une image positive. Il fût le premier à écrire avec Naples millionnaire!, un texte sur l'après-guerre. Avant même que la guerre ne fût finie, il avait déjà compris ce qui resterait une fois le conflit terminé : désespoir, ridicule, abjection, paroles vendues, tragédies, promesses galvaudées, mais que le désir de vivre à tout prix, de se sortir de ce tas d'imondices, l'emporterait à la fin.
C'était un homme qui faisait vibrer les sentiments les plus simples et les plus courants, il ne disséquait pas les grands problèmes existentiels, il ne faisait pas de psychologisme, de haute sociologie mais ses situations étaient géniales. (...) Du grand théâtre. Et je suis certain que sans ses liens avec le tragique du quotidien dans sa réalité profonde, auquel il est toujours resté bien ancré, Eduardo n'aurait jamais pu inventer une machine de théâtre si véridique et si durable."

Dario Fo. trad. Huguette Hatem


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En France

Eduardo De Filippo est monté pour la première fois en 1952 par Jacques Audiberti, et rencontre le succès durant une dizaine d’années grâce à Valentine Tessier et Jacques Fabbri. Puis, blessé par l’accueil réservé à l'une de ses pièces majeures montée superficiellement sous le titre de Zi’ Nico en 1962, il s’estime incompris et refuse ses droits pendant vingt ans.
C'est grâce à Huguette Hatem qu'en 1982, il accepte d’être à nouveau joué en France. Elle traduit alors son théâtre pour Jean Mercure, Françoise Petit, Pierre Ascaride, Claude Yersin, Jacques Nichet, Jacques Mauclair, Marcel Maréchal, Felix Prader, Lisa Wurmser, Bernard Lotti, François Kergourlay...

Ces dernières années :
L'Art de la Comédie mis en scène par Philippe Berling, spectacle inaugural du Théâtre de la Liberté à Toulon
La Grande Magie mis en scène par Laurent Laffargue au TOP puis par Dan Jemmet à la Comédie Française
Sik-Sik par Luciano Travaglino à La Girandole, à Montreuil
L'Art de la Comédie par Marie Vayssère
Filumena Marturano par Gloria Paris

La dernière création d'une pièce de De Filippo est Noël chez les Cupiello par Jacques Mauclair au Théâtre du Marais en 1995.


Naples millionnaire!

Création en France

Naples, quartiers populaires, 1942. L'Italie est ruinée par le fascisme et la guerre. La famille Jovine fait du marché noir pour s'en sortir sous le regard désapprobateur du père. Deux ans plus tard, alors qu'il revient des camps, sa femme a saigné tout le quartier.

Naples millionnaire! écrite en 1944, marque un tournant dans l'œuvre de De Filippo. "Le monde a changé, le théâtre doit changer". Et sa production connaît alors une tonalité plus sombre, mêlant la comédie au drame; une direction qu'il suivra toute sa vie.

La première a lieu le 26 mars 1945 à Naples. C'est un immense succès. Dès lors, la pièce est traduite, montée en Europe et en URSS.
Un film réalisé et interprété par De Filippo et produit par Dino De Laurentiis (d'origine napolitaine), sort en 1950. Présenté au Festival de Cannes, en ballottage en 1950 pour le Prix de La Paix, le film offre à De Filippo une renommée internationale.
Dans les années 70, il en fera un opéra magnifiquement mis en musique par Nino Rota.
Et pendant toutes ces années, la pièce est jouée par sa troupe et enfin filmée pour la télévision qui la programme régulièrement.
La phrase finale, en Italie, est aujourd'hui devenue proverbiale et quand les choses tournent mal, on peut entendre : "Ha da passà 'a nuttata"...

Naples, Babylone

Entre 1943 et 1946, l'Italie passe du fascisme à la République et de la guerre aux côtés d'Hitler à la Paix du côté des Alliés.

A Naples, la population est totalement brisée par la guerre, les bombardements diluviens, la faim, les épidémies et vingt années de dictature lorsqu'arrivent, des quatre coins du monde, ces jeunes Libérateurs apportant la Paix et l'abondance. Abandonné par ses dirigeants, totalement livré à lui-même, ce peuple vaincu puise dans son malheur une merveilleuse pulsion de vie et va s'offrir entièrement à cette rencontre inouïe.
S'ouvre alors une période fascinante de liberté absolue, une zone historique de non-droit.
Et ce qui n'était jamais arrivé, arrive.

Face à ces grands et beaux garçons innocents, "l'Amérique en personne", qui apportent avec la liberté de pensée, la contrebande à grande échelle et la syphilis, le peuple napolitain, vieux de quatre millénaires, pouilleux, fier et génial vend ses femmes et ses enfants et fait du trafic de soldats nègres. Bientôt, il ne sera plus possible de distinguer le sens des choses, toutes les langues de la terre se feront entendre, tout se mélangera dans une explosion féroce et inédite réveillant le Vésuve qui fera trembler la ville pour couronner la fête.

C'est une expérience détonante, un de ces extraordinaires cocktails que nous réserve l'Histoire et qui permettent, dans l'horreur même, d'éclaircir un peu le mystère que nous sommes, de ces encres vivantes dans lesquelles les artistes vont longtemps tremper leur plume.

"Oh cela n'est rien, ce sont des choses pour rire, la faim, les bombardements, les exécutions, les camps de concentration, tout cela c'est pour rire, des sottises, de vielles histoires. En Europe, on connaît ça depuis des siècles. Ce n'est pas tout ça qui nous a réduits ainsi. (...) Jadis on endurait les souffrances les plus terribles, on tuait et on mourait, pour sauver son âme et celle des autres. Aujourd'hui on souffre et on fait souffrir, on fait des choses merveilleuses et des choses terribles, non pour sauver son âme mais pour sauver sa peau. (...)

C'est la civilisation moderne, cette civilisation sans Dieu, qui oblige les hommes à donner une telle importance à leur peau. Seule la peau compte désormais. Il n'y a que la peau de sûr, de tangible, d'impossible à nier. C'est la seule chose qui soit à nous. La chose la plus mortelle qui soit au monde. Seule l'âme est immortelle, hélas! Mais qu'importe l'âme, désormais?
"
La Peau, Malaparte (1949) traduction R. Novella.


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"Il faut que la nuit passe"

De Filippo plonge à chaud dans le microcosme d'une famille des quartiers populaires pour montrer avec précision le dispositif de l'aveuglement moral. Sa position est claire. Rien ne doit faire renoncer un homme à ce qui le définit : sa conscience.
C'est une limite. En deçà, nous ne sommes plus des hommes. De Filippo épouse la pensée qu'élabore au même moment Robert Antelme en écrivant L'Espèce Humaine. Une pensée qui invite à reconstruire les consciences. "Il faut que la nuit passe", ultime message métaphorique de la pièce.

Par le retour du père qui reprend sa place, l'ordre revient, non un ordre bourgeois et patriarcal mais celui de la Loi, la Loi indispensable à l'existence de toute société humaine, inspirée par une Loi plus haute, celle d'un désir universel de Paix et de communion dans le respect de la dignité humaine.
Ce père, figure christique, n'a pas besoin de dire, sa présence suffit. Il a traversé l'Europe en sang. Il a vu. Il sait. A présent, il est là. Il les regarde. Il les voit. Et aussitôt, chacun se voit.

La vie est une tragi-comédie

"Enfin j'allais pouvoir changer ma manière d'écrire, tandis que pendant le fascisme, j'avais dû cacher la vérité sociale sous le grotesque et l'absurde pour ne pas être censuré, maintenant je pouvais parler ouvertement et essayer la forme théâtrale à laquelle j'avais toujours aspiré et qui est, du reste la plus ancienne : la correspondance idéale entre vie et spectacle, la fusion tantôt harmonieuse, tantôt grinçante, entre rires et larmes, grotesque et sublime, drame et comédie, j'allais abandonner cet artifice scénique, la division nette entre farce et tragédie. (...) J'écrivis alors Naples millionnaire!"
Et nous rions. Nous rions du génie de cette famille pour se tirer de situations dangereuses, nous rions du retour du père, échappé des camps allemands, décharné qui débarque, si triste et si sale, au milieu de la plus belle fête que la ruelle ait jamais vue! Nous rions et nous pleurons et nous sommes enchantés par les inventions, touchés par la poésie, amusés par les hommages au théâtre parce que De Filippo puise son écriture dans une profonde vérité humaine fruit d'une observation inlassable qui lui permet tout et rend le tout cohérent.

La sagesse napolitaine

Restituer Naples, cette ville-monstre, paradoxale, fascinante et émouvante qui plonge ses racines dans la mythologie grecque, allie le dénuement et le baroque, la grandeur et la misère, c'est aussi rendre sensible la culture napolitaine et sa sagesse.
Une sagesse universaliste qui a totalement digéré la notion d'égalité. Ce peuple est sûr de sa valeur, ne craint rien et aime passionnément la vie. Il nous dit que la véritable et sincère humilité est seule garante de l'intégrité des individus comme des peuples car elle permet de s'ouvrir à l'Autre sans peur et de se nourrir de lui. Naples s'est forgé une culture entre autres par les multiples invasions qu'elle a subi au cours de son histoire sans jamais perdre son identité.
Un peuple qui n'est pas figé, qui mange, digère et grandit. Comme les enfants. Et comme eux, aime jouer de la vie.

Le miroir du monde

L'image chaotique d'une civilisation privée de sa spiritualité, l'appel à la conscience des hommes de bonne volonté, l'ingérence des peuples qui en libèrent d'autres pour mieux les dominer, les moments d'incertitude et de permissivité qui suivent l'écroulement des dictatures, il est difficile de ne pas voir les multiples reflets qu'offre cette oeuvre à notre visage contemporain. Aujourd'hui où les marchés financiers en crise semblent avoir dérobé aux hommes leur pouvoir, comment croire encore que nos actions individuelles aient une incidence sur le monde? Où puiser alors l'inspiration?
Au théâtre peut-être...


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Notes sur le langage

"La pièce est écrite en dialecte napolitain. On dit « dialecte » pour l’opposer à l’italien mais le napolitain est une langue à part entière qui possède plusieurs niveaux, du langage de la rue à la langue de la culture. Le parler de Gennaro et de sa famille est très imagé, et les expressions choisies par l’auteur se réfèrent aux mentalités et aux coutumes des Napolitains de l’époque. Il fallait donc privilégier les tournures particulières, conserver les nombreuses allusions aux lieux et aux Saints qui parsèment les dialogues tout en essayant de garder la saveur de la langue, c’est pourquoi les noms et même la plupart des surnoms des personnages n’ont pas été traduits pour leur laisser leur musicalité.
Comme partout le langage a évolué depuis 1945, année de la création de la pièce. A l’époque, les enfants s’adressaient à leurs parents avec plus de révérence qu’aujourd’hui même si les sentiments demeurent identiques. Nous avons gardé, comme dans l’original, l’alternance entre le tutoiement et le vouvoiement, même si cette dernière forme paraît étonnante dans un milieu pauvre lorsque les enfants s’adressent à leurs aînés."
Huguette Hatem


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Parigi riscopre Eduardo ma al femminile
Paris redécouvre Eduardo mais au féminin

Extrait de l'article d' Enrico Fiore
paru dans Il Mattino

7 janvier 2008 « [... ] On prépare la première mise en scène française de Naples Millionnaire! Cette fois ce sont deux femmes qui président à l’opération : toujours Huguette Hatem pour la traduction et Anne Coutureau pour la mise en scène.
Commençons par cette dernière : trente-huit ans, un curriculum sérieux et, entre autre, les mises en scène des Trois sœurs de Tchékov et de La critique de l’école des femmes de Molière. Citons Anne Coutureau : “Dans ce texte il y a toute la profondeur de l’âme humaine. Il raconte, bien sûr, une petite histoire de Naples, mais cette petite histoire inclut le monde entier. Et c’est extraordinaire parce que la manière dont Eduardo parle de la guerre fait en même temps rire et pleurer. C'est un texte où malgré l’irruption d’événements terribles, les gens ne perdent ni l’espoir, ni le goût de vivre ni celui de la solidarité. Ma mise en scène sera réaliste, sans pittoresque, sans sacrifier à une certaine napolitanité. Je ne me substituerai pas au texte, comme le font souvent les metteurs en scène français".
Huguette Hatem se place sur la même ligne : “Désormais Naples Millionnaire! est un classique et il faut respecter aussi bien l’écriture que les rythmes de la pièce et l’époque retracée". Il suffit d’un seul exemple pour illustrer l’intelligent travail d’Huguette. A Naples, durant la guerre, les denrées se réduisaient souvent à des succédanés; mais pour faire allusion à ces derniers, il ne convenait pas dit-elle de recourir au mot actuel “succédané” mais au mot allemand “ersatz” qu’on employait durant l’époque de l’occupation nazie en France.
Un heureux événement donc que cette première transalpine de Naples Millionnaire! »

 


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