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de Eduardo De Filippo

Comédie dramatique en 3 actes

texte français : Huguette Hatem
mise en scène Anne Coutureau

Avec l'Aide à la Création du Centre national du Théâtre

Ce projet est actuellement en recherche de partenaires.

froggydelight après la lecture au Petit Saint-Martin

 







assistante à la mise en scène : Amélie Cayol
costumes : Philippe Varache
lumière : Patrice Le Cadre
scénographie : Gérard Didier
son : Jean-Noël Yven
musique : Nino Rota
maquillage et coiffure : Solange Beauvineau

avec:
Maria Rosaria : Eloïse Auria
Errico "Settebellizze" : Simon Gleize
Adelaïde Schiano : Cécile Descamps
Riccardo Spasiano : Emmanuel Gayet
Federico et le docteur : Pascal Guignard
Face de moine : Philippe Ivancic
Ciappa : Gérard Levoyer
Peppe-le-cric : David Mallet
Donna Peppenella et Teresa : Pauline Mandroux
Gennaro Jovine : Sacha Petronijevic
Assunta : Agnès Ramy
Amedeo : Thomas Sagols
Amalia Jovine : Perrine Sonnet

 

 



Naples, quartiers populaires, 1942.
En plein régime fasciste et sous les bombardements, la pauvre famille de Gennaro Jovine fait du marché noir pour s’en sortir.
Au deuxième acte, le père a mystérieusement disparu et Naples est aux mains des Alliés. L’épouse de Gennaro, Amalia, s’est considérablement enrichie. Elle pratique son commerce sur une grande échelle et s'est associée à Settebellizze un trafiquant épris d’elle et auquel elle n’est pas insensible. Mais elle a négligé sa famille : sa fille aînée Maria Rosaria vient d’être abandonnée, enceinte, par un soldat américain, son fils Amedeo glisse vers la délinquance et la petite Rituccia, cinq ans, est entre la vie et la mort. C'est pour constater ce délabrement que Gennaro réapparaît après un an d'absence, miraculé des camps allemands et des horreurs de la guerre.
Tous cherchent en vain, au troisième acte, courant dans tout Naples, le médicament introuvable qui doit sauver l’enfant malade. C’est justement Riccardo, un voisin saigné par Amalia, qui vient le lui offrir gratuitement, lui donnant une leçon de solidarité.
"Il faut attendre que la nuit passe" annonce le médecin en sortant de la chambre de Rituccia. Gennaro pardonne à sa famille comparant la maladie de son enfant à la déchéance de Naples après la guerre. Il reprend alors à son compte les paroles du médecin pour rassurer sa femme et lui dit :
"Il faut que la nuit passe"

 


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Naples millionnaire! marque un tournant dans l'œuvre de De Filippo. Au sortir de la guerre, il a le sentiment de ne plus pouvoir s'adresser à ses compatriotes tout à fait de la même manière. "Le monde a changé, le théâtre doit changer". Et sa production connaît alors une tonalité plus sombre, mêlant la comédie au drame; une direction qu'il suivra toute sa vie.
La première eut lieu le 26 mars 1945 à Naples. Ce fût un immense succès.
Dès lors, la pièce est traduite, montée en Europe et en URSS.
Un film réalisé et interprété par De Filippo et produit par Dino De Laurentiis - d'origine napolitaine, sort en 1950. Présenté au Festival de Cannes, en ballottage en 1950 pour le Prix de La Paix, le film offre à De Filippo une renommée internationale.
Dans les années 70, il en fera un opéra magnifiquement mis en musique par Nino Rota.
Et pendant toutes ces années, la pièce fut jouée par sa troupe et enfin filmée pour la télévision qui la programme régulièrement.
La phrase finale est aujourd'hui devenue proverbiale et quand les choses tournent mal en Italie, on peut entendre :
"'Ha da passà 'a nuttata"...


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J'admire De Filippo depuis longtemps. J'admire son talent pour fabriquer des histoires très spécifiques, très ancrées dans le réel (lieu, époque, situations) dans lesquelles chaque homme peut se reconnaître. C'est sûrement l'un des plus grands talents d'un dramaturge. Molière a ce talent aussi.
Et tout est là.
Ça se passe à Naples en 1942 pendant la guerre et ça parle de nous aujourd'hui.

L'espoir
En l'occurrence, dans Naples millionnaire!, De Filippo présente le monde en ruines d'une humanité affaiblie où le repli sur soi est l'attitude la plus spontanée. Il montre que la seule voie porteuse d'espoir et de vie est la solidarité. Au sein des familles comme au sein des peuples et entre les peuples. "Les morts sont tous égaux, Amalia."
Aujourd'hui, nous sommes à un moment historique de l'évolution de l'humanité. Menacés d'extinction, nous allons affronter de grands bouleversements qui mettent notre monde en question. Dans ce moment où chaque peuple, chaque individu doit prendre des décisions, qu'avons-nous besoin de nous rappeler avec certitude?

La morale et la dignité
De Filippo est un auteur profondément moral et s'interroge : "comment faire le bien quand on crève de faim?"
Il est animé d'une soif de justice, pense que ce qui est légal n'est pas toujours légitime et nous rappelle que vivre dans la dignité, c'est ne pas vivre aux dépens des autres.
Il dénonce les injustices sociales autant que les petites lâchetés individuelles mais il ne donne pas de leçons. C'est un être moral qui ne fait pas la morale. Il agit en révélateur. Comme Gennaro au
troisième acte se contente de s'asseoir simplement à la table familiale et d'attendre. Chaque personnage vient spontanément lui parler pour soulager sa conscience. A la suite de ce défilé, il conclut sans condamner personne. Ce qui est terriblement fort. Si l'on ne désigne pas de méchants, le monde devient vraiment compliqué et sans doute plus vrai.

Questions d'équilibre
Naples millionnaire! offre des défis passionnants pour un metteur en scène français du XXIème siècle. Il faut faire exister cette Naples aux mille couleurs sans s'y arrêter et sans tomber dans la caricature ni le pittoresque. De même, il faut recréer les années quarante sans tomber dans la reconstitution historique, faire vivre avec intensité les émotions dont la pièce regorge sans s'engluer dans le mélo et cependant faire croire à la tragédie de la guerre. Il faut aussi ne pas écarter l'humour du texte avec son lot d'effets sans réduire la pièce à une mécanique facile.
Mais je crois que le vrai défi, le plus délicat est de laisser s'épanouir la poésie de De Filippo, sa finesse, ce qui est le moins "visible" dans l'écriture et qui est aussi le plus singulier.

L'humour et la poésie
Certains artistes ont le talent de nous faire sourire très sérieusement.
Comme Charlie Chaplin, De Filippo s'amuse avec la misère, s'amuse avec la souffrance, s'amuse avec la mort et va parfois très loin. Car il le fait en poète. Il est un clown qui danse sur le fil de la vie pour nous en rappeler la fragilité. Quand il écrit cette pièce, la guerre n'est pas finie. Il veut tendre un miroir à ses contemporains et va devoir faire preuve de génie pour ne pas heurter un public qui est encore à vif. Au-delà du grand message d'espoir que porte la pièce, il a trouvé un ton qui permet tout. Une façon de ne pas se prendre au sérieux dans les larmes mais de pleurer quand-même ou de rire de choses terribles sans leur enlever leur gravité. Une voie qu'il a cherché à maintenir toute sa vie entre la tragédie et la comédie.
Chez De Filippo l'humour est la forme poétique de la dignité.

L'élégance
Avec De Filippo, j'ai découvert que l'extrème élégance s'enracine très profondément. Que la vraie légèreté est celle qui reflète la gravité. Je pense aux fleurs du lilas; pour qu'elles puissent danser dans le vent et libérer leur parfum, il faut que l'arbre plonge ses racines au cœur de la terre. Ainsi le parfum du lilas nous parle De profundis et sa subtilité nous bouleverse violemment. De même, rien n'est univoque dans le théâtre de De Filippo : tout est humain, présent, incarné et légèrement "au-dessus" à la fois. Pas juste une distance, plusieurs directions à la fois.

L'écriture
De Filippo est avant tout un homme de théâtre : sur les planches à quatre ans, il recopie et "arrange" les manuscrits de son père à sept! Comme Molière, il écrit pour la scène. Ses pièces sont de la matière scénique. Tout est jeu. Tout est dramatique dans le sens où tout a une signification scénique. La complexité psychologique est au service de l'action et réciproquement. Pour le metteur en scène, quelle richesse! Il faut toujours chercher dans les deux directions en même temps, ne pas privilégier l'une sur l'autre, passer de l'une à l'autre, doser, chercher l'équilibre. Rien n'échappe à la démonstration finale — le "super-objectif" dirait Stanislavski. Chaque détail est lié au sujet traité. C'est fascinant. Il connaît si intimement la machine théâtrale que les nécessités dramaturgiques ne détournent jamais le fil de la démonstration qu'il "suffit" de suivre.

Mon travail sur Naples millionnaire !

Cette pièce est un chef-d'œuvre précisément parce que ce qui s'en dégage dépasse ses propres frontières. Pourtant Naples, la guerre, cette guerre ne sont pas une illustration, le cadre d'une fable. Il faut comprendre ce qu'il y a de spécifique dans cette situation pour que cette histoire existe non pas comme une fin en soi mais de même qu'une âme a besoin d'un corps pour s'incarner, une vision du monde, une sensiblité artistique a besoin, au théâtre, d'une histoire pour s'exprimer. Plus les contours sont nets, mieux on voit, mieux on reçoit. En me concentrant à ancrer les personnages dans un réel très précis, très appronfondi, en réfléchissant à chaque détail, en ne laissant rien au hasard, rien de survolé, rien d'approximatif, je pourrai en quelque sorte mieux "m'occuper du reste", c'est-à-dire laisser résonner ce qui fait écho en nous, le parfum du lilas...

Avec les acteurs
Mon travail consiste à faire naître des créatures, fruits de la rencontre entre l'imaginaire d'un auteur et l'être d'un acteur, corps et âme.
Au départ, j'observe et je tente de comprendre le sens de chaque geste, chaque mouvement, chaque regard, chaque mot. Puis je tends des passerelles, j'invite, j'essaie, je me laisse guider. C'est un travail difficile qui nécessite surtout du temps. J'ai besoin de m'immerger avec les acteurs, de chercher avec eux pour construire ensuite en précisant chaque détail.
En même temps, je cherche à purifier. L'acteur est un instrument qui doit résonner avec la plus grande pureté afin de laisser sortir des sons justes. Il doit être vigilant à ce que rien n'entrave la limpidité du son. Je suis vigilante avec lui. Ce qui ne signifie pas que je cherche du lisse. La souffrance a un son, l'ambiguïté, la complexité, le mystère ont besoin de pureté pour se faire entendre. Le travail de l'acteur est trop important pour faire de petites choses. Je suis allergique à tous les oripeaux conventionnels qui tuent littéralement la vie et altèrent les sons. La créature que nous faisons naître a besoin de liberté, elle ne peut pas s'épanouir si elle est revêtue des masques que sont les "trucs" du théâtre et qui sont autant de préjugés. Les acteurs en sont chargés, plus ou moins consciemment. Je les aide à s'en défaire.
Je suis obsédée par la recherche du vrai. Quelle est la vérité de ce personnage? Quelle est cette créature qui prend forme sous mes yeux? Puis-je y croire? Que dit-elle? Que cache-t-elle? Ai-je envie d'en savoir plus?
Je ne suis pas contre l'artifice. Au théâtre, tout est artificiel, tout est construit, voulu, pensé, décidé mais je ne veux pas que cela se voit. Je veux être comme un dieu qui brille par son absence. Pour dire que ce n'est pas de l'humilité.

Sur scène
Comme avec les acteurs, je cherche la simplicité, l'évidence.
Imaginez un bijou précieux, ouvragé, multicolore. Il resplendira sur un velours noir. L'univers de De Filippo est très chargé; pour que l'essentiel se détache avec netteté, j'inventerai un écrin d'une grande sobriété. Quelques meubles, des accessoires très précis, de la matière en lumière, en projection d'images, une ambiance sonore ponctuelle. Une scénographie qui évoluera en relation avec l'enrichissement matériel et la dégradation morale d'Amalia Jovine.



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Huguette Hatem
Après avoir obtenu l'agrégation d'italien et avoir enseigné, Huguette Hatem se spécialise dans la traduction du théâtre italien : Goldoni, Pirandello, Ugo Betti, Ettore Scola, Franco Cuomo, Manlio Santanelli.
Elle s'attache plus particulièrement à faire découvrir en France l'œuvre d'Eduardo De Filippo dont elle a traduit une quinzaine de pièces. Elle a publié de nombreux articles sur le théâtre italien contemporain et a collaboré à la revue Esprit. Elle a reçu, en 1980, le Prix de l'adaptation italienne décerné par la société des auteurs italiens et la SACD puis, en 1994, à Rome, le Prix national de Traduction.
Elle est aussi comédienne et a joué notamment dans cinq pièces d’Eduardo De Filippo dont Noël chez les Cupiello, avec Jacques Mauclair, spectacle récompensé en 1996 par l’Académie des Molières.


Notes sur le langage

"La pièce est écrite en dialecte napolitain. On dit « dialecte » pour l’opposer à l’italien mais le napolitain est une langue à part entière qui possède plusieurs niveaux, du langage de la rue à la langue de la culture. Le parler de Gennaro et de sa famille est très imagé, et les expressions choisies par l’auteur se réfèrent aux mentalités et aux coutumes des Napolitains de l’époque. Il fallait donc privilégier les tournures particulières, conserver les nombreuses allusions aux lieux et aux Saints qui parsèment les dialogues tout en essayant de garder la saveur de la langue, c’est pourquoi les noms et même la plupart des surnoms des personnages n’ont pas été traduits pour leur laisser leur musicalité.
Comme partout le langage a évolué depuis 1945, année de la création de la pièce. A l’époque, les enfants s’adressaient à leurs parents avec plus de révérence qu’aujourd’hui même si les sentiments demeurent identiques. Nous avons gardé, comme dans l’original, l’alternance entre le tutoiement et le vouvoiement, même si cette dernière forme paraît étonnante dans un milieu pauvre lorsque les enfants s’adressent à leurs aînés."
Huguette Hatem

 

 

 

Parigi riscopre Eduardo ma al femminile
Paris redécouvre Eduardo mais au féminin

Extrait de l'article d' Enrico Fiore
paru dans Il Mattino

7 janvier 2008 « [... ] On prépare la première mise en scène française de Naples Millionnaire! Cette fois ce sont deux femmes qui président à l’opération : toujours Huguette Hatem pour la traduction et Anne Coutureau pour la mise en scène.
Commençons par cette dernière : trente-huit ans, un curriculum sérieux et, entre autre, les mises en scène des Trois sœurs de Tchékov et de La critique de l’école des femmes de Molière. Citons Anne Coutureau : “Dans ce texte il y a toute la profondeur de l’âme humaine. Il raconte, bien sûr, une petite histoire de Naples, mais cette petite histoire inclut le monde entier. Et c’est extraordinaire parce que la manière dont Eduardo parle de la guerre fait en même temps rire et pleurer. C'est un texte où malgré l’irruption d’événements terribles, les gens ne perdent ni l’espoir, ni le goût de vivre ni celui de la solidarité. Ma mise en scène sera réaliste, sans pittoresque, sans sacrifier à une certaine napolitanité. Je ne me substituerai pas au texte, comme le font souvent les metteurs en scène français".
Huguette Hatem se place sur la même ligne : “Désormais Naples Millionnaire! est un classique et il faut respecter aussi bien l’écriture que les rythmes de la pièce et l’époque retracée". Il suffit d’un seul exemple pour illustrer l’intelligent travail d’Huguette. A Naples, durant la guerre, les denrées se réduisaient souvent à des succédanés; mais pour faire allusion à ces derniers, il ne convenait pas dit-elle de recourir au mot actuel “succédané” mais au mot allemand “ersatz” qu’on employait durant l’époque de l’occupation nazie en France.
Un heureux événement donc que cette première transalpine de Naples Millionnaire! »


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