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production DemainOnDéménage

de Harold Pinter

adaptation: Eric Kahan
mise en scène
Mitch Hooper

décor et costumes Delphine Brouard
lumière Jérôme Chaffardon

avec:
Anatole de Bodinat, Rodolphe Delalaine, Delphine Lalizout, Hervé Masquelier, Sacha Petronijevic, Alexis Victor


 

 

 

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"Nous avons souvent entendu ce vieux cliché usé : ‘le manque de communication’... et on l'applique avec une certaine insistance à mes pièces. Moi, je crois le contraire. Je crois que nous ne communiquons que trop bien, dans notre silence, dans le non-dit, et que ce qui se passe est une continuelle évasion, un combat désespéré d'arrière-garde pour nous protéger. La communication fait trop peur. Entrer dans la vie de quelqu'un d'autre est trop effrayant. Révéler aux autres notre pauvreté intérieure est une possibilité trop terrifiante."


Harold Pinter, 1962

L'écriture de Pinter est foncièrement théâtrale. C'est un acteur qui écrit pour des acteurs sur une scène devant un public. La participation du public est implicite dans son écriture. Il ne nous dit pas tout. À nous d'interpréter ce que nous voyons et entendons. Il nous amuse, il nous intéresse, il joue avec nous et il nous invite à écouter ce qui n'est pas dit. Pinter est économe, il ne gaspille pas ses effets. Il est conscient de l'impact de chaque mot, chaque phrase, chaque silence. Rien n'est gratuit, tout est signifiant. Le spectateur est attentif: une partie de son plaisir provient de sa propre perspicacité.


LA PIECE


ROBERT : Oh... il n'y a plus grand-chose à dire sur ce sujet, si ?
EMMA : Et quel est le sujet, d'après toi ?
ROBERT : Ca parle de... la trahison.
EMMA : Non, pas du tout.


Un homme et une femme se retrouvent dans un café. Le temps a passé. Comment sont-ils arrivés là ? En archéologue passionné par le mystère de l'être humain, Harold Pinter nous fait remonter le temps pour examiner les moments clefs d'une passion à trois où il est question d'amitié, de mariage et d'adultère. Trahisons est un classique moderne, à la fois drôle et émouvant, et d'une profonde vérité psychologique.

Tout en étant parfaitement accessible, plein d'humour et de suspense, Trahisons me paraît finalement encore plus inquiétante que les autres pièces de Pinter, parce que tout est proche de nous. Si le monde des autres pièces peut nous paraître étrange, plus éloigné de nous, ici nous savons où nous sommes, tout paraît clair, nous sommes en sécurité. Nous nous identifions d'autant plus aux personnages, et ils nous emmènent d'autant plus loin.


Pinter, en 1962
"Nous devons faire face à l'immense difficulté, sinon l'impossibilité, de vérifier le passé. Je ne parle pas seulement d'il y a des années, mais d'hier, de ce matin. ... (...)
Un instant est aspiré et déformé, souvent au moment même de sa naissance. Nous interpréterons tous une expérience commune de façon tout à fait différente, même si nous préférons souscrire à l'argument selon lequel il existe un terrain commun partagé, un terrain connu. Je crois qu'il y a bien un terrain commun partagé, mais que cela ressemble plutôt à des sables mouvants."
À première vue, par rapport à leurs prédécesseurs et à leurs successeurs, les personnages de Trahisons semblent bien partager un terrain commun, où tout est sûr. Un certain nombre de faits ne sont jamais mis en doute. Robert est éditeur, Jerry agent littéraire, Emma dirige une galerie. Elle est l'épouse de Robert et la maîtresse de Jerry, qui est aussi un vieil ami de Robert. La situation paraît plutôt banale et malgré les changements de lieu, on sait tout de suite où l'on se trouve, il n'y a pas de mystère. En fait le monde extérieur, apparent, de Trahisons est un monde de certitudes. Mais là n'est pas le sujet. Ce qui nous concerne vraiment ce sont les rapports entre les trois personnages, la vraie nature de leurs sentiments. Là aussi d'abord tout paraît clair et même plutôt banal. Mais au fur et à mesure que l'on remonte dans ce passé commun nous sommes amenés à constater qu'il s'agit bel et bien de sables mouvants.
Qui trahit qui ? La question se pose sans cesse, et la réponse n'est jamais définitive.

LA MISE EN SCENE

Pinter est le premier à nous mettre en garde contre toute déclaration qui se veut définitive, surtout en ce qui concerne son oeuvre. Il serait d'ailleurs prématuré de ma part de prononcer des jugements sur un spectacle que nous venons de commencer à répéter. Mais je vais avancer quelques hypothèses, quelques indications concernant les pistes que nous allons suivre.
Le texte d'une pièce de Pinter est la partie visible de l'iceberg. Les acteurs doivent apporter la partie invisible — c'est-à-dire la matière humaine qui constitue la vie intérieure des personnages. J'ai choisi trois acteurs qui pourront je crois nous emmener très loin, au coeur de cette pièce qui, superficiellement, paraît dure, froide et sans mystère, mais qui en dessous de cette carapace contient toute une masse de chair, chaude, vibrante, faible et contradictoire — c’est-à-dire humaine. En somme cette pièce ressemble à un crabe — et d'ailleurs comme un crabe elle marche à l'envers !
J'ai la ferme intention de monter cette pièce telle que l'auteur l'a écrite. Juste le texte de Pinter, incarné avec justesse et sobriété par des comédiens de talent.
Le jeu doit être invisible. J'entends par là un naturel qui semble couler de source, sans effort, mais qui en réalité, est le fruit d'un long travail. Un jeu épuré, réduit à l'essentiel, pas de cabotinage, rien de superflu.
Une mise en scène au service des acteurs, des acteurs au service du texte.

Mitch Hooper

 


 
 
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