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LA
TRILOGIE DE LA VILLÉGIATURE
La Trilogie de la Villégiature peint une fresque à
la fois impitoyable et attendrie d'une société en
fin de parcours. Une bourgeoisie en pleine crise de valeurs, qui
ne vit que pour le paraître et dans la crainte du "qu'en-dira-t-on
". Des personnages endettés jusqu'au cou pour pouvoir
briller, préoccupés par tout ce qui est frivole, jusqu'à
en oublier l'essentiel, finissent par passer à côté
de leur vie.
L'Oeuvre - écrite par Goldoni en 1761 - a été
conçue en tant que trilogie, et si chaque pièce est
accomplie et peut être appréciée séparément,
l'ensemble est un chef d'oeuvre. En suivant du début à
la fin l'évolution des personnages et de leur drame, on saisira
entièrement cette métaphore d'une société
en pleine décadence, pétrie de contradictions et de
failles.
Entre comédie et drame bourgeois, la Trilogie traite sur
un ton léger, amusé, aux ressorts comiques une thématique
très noire. C'est justement la légèreté
de la forme qui donne à la tragédie tout son poids,
puisque c'est la frivolité des personnages qui finit par
les perdre.
En dénonçant la faiblesse morale de la bourgeoisie
de son époque, Goldoni fait preuve d'une lucidité
féroce. Cependant, ce rôle de moraliste qu'il soctroie,
est nuancé par sa grande humanité. Goldoni aime ses
personnages, tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs
défauts. Il n'y a aucun manichéisme, dans la trilogie.
Les fautes des personnages suscitent, plus que la condamnation,
la pitié. Et leurs vertus sont parfois agaçantes...
Finalement, on peut soupçonner Goldoni d'avoir plus de sympathie
pour la cigale que pour la fourmi !
UNE NOUVELLE TRADUCTION - ADAPTATION
Ces gens nous ressemblent... J'ai voulu une langue proche de nous,
mimétique du quotidien - tout en respectant l'élaboration
littéraire Goldonienne.
Quant à l'adaptation, j'ai effectué quelques coupes,
suivant ma vision de l'oeuvre, le sens qu'elle me communique, ainsi
que ma vision du théâtre et de la mise en scène.
J'ai éliminé ce qu'on peut considérer des résidus
de la commedia dell'arte, dans le souci d'éviter que les
passages plus ouvertement et superficiellement comiques ne compromettent
la finesse de la peinture sociale, la complexité de la construction
psychologique des personnages.
J'ai coupé, par exemple, certains passages concernant la
gourmandise ou la naïveté des serviteurs, la radinerie
du vieil oncle, la bêtise du jeune Tognino. J'ai coupé,
ou traité différemment, les a-parte et les monologues.
Et je n'ai gardé que deux serviteurs - un homme et une femme
- qui prennent une importance fondamentale dans ma lecture de l'oeuvre.
Ils sont le contrepoint des maîtres bourgeois, empêtrés
dans les convenances, et ils portent sur ce monde un regard détaché
et libre.
LES
ANNÉES 30
Dans un théâtre d'identification, on cherche à
réduire au maximum - voire à éliminer - toute
distance entre l'univers scénique et le spectateur. J'ai
donc voulu rapprocher le plus possible de notre époque la
Trilogie.
Les années 30 fournissent la distance nécessaire pour
que certaines relations sociales (les rapports serviteurs-maîtres,
les questions de dot) soient crédibles (aujourd'hui, ce serait
possible dans la très grande bourgeoisie ou dans l'aristocratie,
mais la Trilogie est et doit rester une histoire de bourgeois).
Et puis, en choisissant les années 30, on décrit les
dernières vacances avant la guerre... On décrit des
êtres totalement inconscients du gouffre dans lequel leur
société est en train de s'enfoncer...
LE
THÉÂTRE DU NORD-OUEST
J'ai fait ma première mise en scène au Théâtre
du Nord-Ouest, j'ai monté par la suite d'autres spectacles
dans les deux salles. Depuis quelque temps, l'envie d'y revenir
et l'envie de monter la Trilolgie se renforçaient mutuellement.
Ville, campagne, ville... Petite salle, grande salle, petite salle...
Les deux plateaux du Nord-Ouest sont des espaces artistiques formidables,
atypiques, très intéressants pour une mise en scène
vivante et non conventionnelle. La possibilité de se servir
des deux salles, selon que l'action se déroule en ville ou
à la campagne... quelle liberté et quel cadeau, pour
ce spectacle!
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CARLO GOLDONI
Né le 25 février 1707 à Venise et mort le 6
février 1793 à Paris, Goldoni est l'auteur non seulement
de plus de cent pièces, mais aussi de la grande reforme du
théâtre italien du XVIII siècle. À l'époque,
en fait, la commedia dell'arte, désormais, avait perdu tout
son éclat, et stagnait dans une convention souvent facile,
vulgaire.
Tout en partant de l'expérience de la commedia, Goldoni -
homme de théâtre, chef de troupe - redonne de la dignité
à l'écriture dramatique. Il commence petit à
petit à écrire les rôles (qui étaient,
jusque-là, improvisés) : d'abord, ceux des amoureux,
ensuite les pères, enfin les serviteurs. On passe ainsi d'un
spectacle fondé sur un canevas et sur l'improvisation, à
un spectacle en partie tissu sur un canevas, et en partie écrit,
pour arriver à des textes entièrement écrits.
Écrire les rôles signifie aussi, pour Goldoni, passer
du stéréotype au personnage psychologiquement bien
dessiné et socialement bien défini. En s'éloignant
progressivement des bouffonneries de la commedia, jusqu'à
s'en affranchir complètement, Goldoni nous offre dans ses
pièces les plus mûres des tableaux saisissants de la
société de son époque, et des personnages de
grande complexité et épaisseur. C'est le cas de la
Trilogie de la Villégiature, l'un de ces chefs-d'oeuvre.
Et c'est, un tout cas, le Goldoni qui m'intéresse.
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POUR
UN THÉÂTRE VIVANT
Je travaille dans une recherche constante de sens, qui bannit tout
dogmatisme, toute interprétation du réel plaquée.
En tant quart vivant, sans jamais rien dire de définitif,
le théâtre peut rendre compte de la complexité
de la vie elle-même.
Nous pouvons, au théâtre, nous identifier au personnage
: un moyen de saisir ce qui nest pas visible dans la vie de
tous les jours, daccéder à une connaissance
de soi-même et de la réalité plus profonde et
dynamique. Encore faut-il que le théâtre montre les
hommes tels quils sont...
Lacteur en tant quêtre humain, capable de prêter
au personnage son corps, sa voix, mais aussi et surtout son monde
intérieur, est au centre de ma démarche théâtrale.
Mon travail consiste, avant tout, à saisir ces deux natures,
à tisser des liens intimes entre elles, pour favoriser leur
rencontre. Jusquà ce que, de cette alchimie, une nouvelle
vie apparaisse.
Ma recherche vise à écarter le plus possible les conventions
théâtrales, afin de réduire - voire d'abolir
toute distance entre la scène et la salle. Faire du théâtre
vivant signifie mettre constamment la technique au service de la
vie, la forme au service du fond. Cacher les ficelles du travail,
pour que la vie puisse jaillir de la scène.
Lorsquon arrive à briser toute barrière, la
communication entre le spectateur et l'acteur-personnage devient
active. Cest cette rencontre dêtres vivants, cette
richesse chaque jour renouvelée, imprévisible et unique
qui fait, à mes yeux, la spécificité et la
grandeur du théâtre ; ce quaucun film, aucun
livre, aucun tableau ne pourront jamais offrir.
Carlotta
Clerici
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La
Trilogie en 1930
Plusieurs
réflexions nous ont emmenées à placer La Trilogie
dans les années 1930.
Le crac Boursier de 1929, larrivée des dictatures au
pouvoir, la période incertaine dun entre-deux guerres
mais aussi une joie de vivre et une manière dinsouciance.
La fin dune classe, dun monde, dune certaine manière
de vivre, dune façon de voir la société
avec des couches sociales si fortes quelles pourraient faire
penser à des castes. Une sorte délégance
voulue parfois et parfois innée.
Le parallèle historique dune part et une sorte de parfum
de lautre. La notion de nostalgie est une notion commune à
toutes les époques. Bien entendu elle est différente
en fonction des périodes. On remarque pourtant que la nostalgie
se place pratiquement toujours dans le cadre du souvenir dune
époque radieuse, lointaine, finie mais encore accessible.
Cela sera le souvenir des générations qui nous ont
précédé immédiatement plus que de celles
qui représentent des fondements plus éloignés.
La grand-mère qui nous berçait dans lenfance
nous parlait de sa jeunesse, de ce temps inconnu mais si familier.
Les années 30 ont dans les esprits daujourdhui
une sorte de parfum de poudre de riz, cest Arsène lupin,
Hercule Poirot et Gatsby le Magnifique qui passent. Et pourtant
le propos reste invariablement actuel. Il nous suffit de regarder
autour de nous et lon pourrait aisément voir se promener
Filipo, Ferdinando, Vittoria, Giacinta.
Si La Trilogie a été écrite il y a deux siècles
et demie, la nostalgie de cette époque là est bien
loin pour nous. Pour en retrouver le souvenir et le parfum à
deux cent cinquante ans décart, notre imaginaire nous
propose plutôt 1930. Les années passent, la nostalgie
se déplace.
Philippe
Varache
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