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photos Théâtre vivant








de Carlo Goldoni
adaptation et mise en scène:
Carlotta Clerici
assistée de Andréa Torres-Gibert

décors et costumes
Philippe Varache et Maud Schneider

au Théâtre du Nord-Ouest
à partir du 10 mai
Infos pratiques

 


 







avec :

avec: Rebecca Aïchouba (Giacinta) Laurent Benoit (Fulgenzio) Isabel de Francesco (Vittoria) Benoît Dugas (Ferdinando) Yvan Garouel (Filippo) Manon Gilbert (Rosina) Simon Gleizes (Leonardo) Pascal Guignard (Guglielmo) Muriel Lemaire (Sabina) Nathalie Lucas (Brigida) Jean Tom (Paolo) Andrea Torres Gibert (Tita) Florence Tosi (Costanza) Gunther Van Severen ou Gaetan Guilmin (Tognino)

 


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LA TRILOGIE DE LA VILLÉGIATURE
La Trilogie de la Villégiature peint une fresque à la fois impitoyable et attendrie d'une société en fin de parcours. Une bourgeoisie en pleine crise de valeurs, qui ne vit que pour le paraître et dans la crainte du "qu'en-dira-t-on ". Des personnages endettés jusqu'au cou pour pouvoir briller, préoccupés par tout ce qui est frivole, jusqu'à en oublier l'essentiel, finissent par passer à côté de leur vie.
L'Oeuvre - écrite par Goldoni en 1761 - a été conçue en tant que trilogie, et si chaque pièce est accomplie et peut être appréciée séparément, l'ensemble est un chef d'oeuvre. En suivant du début à la fin l'évolution des personnages et de leur drame, on saisira entièrement cette métaphore d'une société en pleine décadence, pétrie de contradictions et de failles.
Entre comédie et drame bourgeois, la Trilogie traite sur un ton léger, amusé, aux ressorts comiques une thématique très noire. C'est justement la légèreté de la forme qui donne à la tragédie tout son poids, puisque c'est la frivolité des personnages qui finit par les perdre.
En dénonçant la faiblesse morale de la bourgeoisie de son époque, Goldoni fait preuve d'une lucidité féroce. Cependant, ce rôle de moraliste qu'il s’octroie, est nuancé par sa grande humanité. Goldoni aime ses personnages, tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts. Il n'y a aucun manichéisme, dans la trilogie. Les fautes des personnages suscitent, plus que la condamnation, la pitié. Et leurs vertus sont parfois agaçantes... Finalement, on peut soupçonner Goldoni d'avoir plus de sympathie pour la cigale que pour la fourmi !


UNE NOUVELLE TRADUCTION - ADAPTATION

Ces gens nous ressemblent... J'ai voulu une langue proche de nous, mimétique du quotidien - tout en respectant l'élaboration littéraire Goldonienne.
Quant à l'adaptation, j'ai effectué quelques coupes, suivant ma vision de l'oeuvre, le sens qu'elle me communique, ainsi que ma vision du théâtre et de la mise en scène.
J'ai éliminé ce qu'on peut considérer des résidus de la commedia dell'arte, dans le souci d'éviter que les passages plus ouvertement et superficiellement comiques ne compromettent la finesse de la peinture sociale, la complexité de la construction psychologique des personnages.
J'ai coupé, par exemple, certains passages concernant la gourmandise ou la naïveté des serviteurs, la radinerie du vieil oncle, la bêtise du jeune Tognino. J'ai coupé, ou traité différemment, les a-parte et les monologues.
Et je n'ai gardé que deux serviteurs - un homme et une femme - qui prennent une importance fondamentale dans ma lecture de l'oeuvre. Ils sont le contrepoint des maîtres bourgeois, empêtrés dans les convenances, et ils portent sur ce monde un regard détaché et libre.

LES ANNÉES 30
Dans un théâtre d'identification, on cherche à réduire au maximum - voire à éliminer - toute distance entre l'univers scénique et le spectateur. J'ai donc voulu rapprocher le plus possible de notre époque la Trilogie.
Les années 30 fournissent la distance nécessaire pour que certaines relations sociales (les rapports serviteurs-maîtres, les questions de dot) soient crédibles (aujourd'hui, ce serait possible dans la très grande bourgeoisie ou dans l'aristocratie, mais la Trilogie est et doit rester une histoire de bourgeois).
Et puis, en choisissant les années 30, on décrit les dernières vacances avant la guerre... On décrit des êtres totalement inconscients du gouffre dans lequel leur société est en train de s'enfoncer...

LE THÉÂTRE DU NORD-OUEST
J'ai fait ma première mise en scène au Théâtre du Nord-Ouest, j'ai monté par la suite d'autres spectacles dans les deux salles. Depuis quelque temps, l'envie d'y revenir et l'envie de monter la Trilolgie se renforçaient mutuellement. Ville, campagne, ville... Petite salle, grande salle, petite salle... Les deux plateaux du Nord-Ouest sont des espaces artistiques formidables, atypiques, très intéressants pour une mise en scène vivante et non conventionnelle. La possibilité de se servir des deux salles, selon que l'action se déroule en ville ou à la campagne... quelle liberté et quel cadeau, pour ce spectacle!

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CARLO GOLDONI
Né le 25 février 1707 à Venise et mort le 6 février 1793 à Paris, Goldoni est l'auteur non seulement de plus de cent pièces, mais aussi de la grande reforme du théâtre italien du XVIII siècle. À l'époque, en fait, la commedia dell'arte, désormais, avait perdu tout son éclat, et stagnait dans une convention souvent facile, vulgaire.
Tout en partant de l'expérience de la commedia, Goldoni - homme de théâtre, chef de troupe - redonne de la dignité à l'écriture dramatique. Il commence petit à petit à écrire les rôles (qui étaient, jusque-là, improvisés) : d'abord, ceux des amoureux, ensuite les pères, enfin les serviteurs. On passe ainsi d'un spectacle fondé sur un canevas et sur l'improvisation, à un spectacle en partie tissu sur un canevas, et en partie écrit, pour arriver à des textes entièrement écrits. Écrire les rôles signifie aussi, pour Goldoni, passer du stéréotype au personnage psychologiquement bien dessiné et socialement bien défini. En s'éloignant progressivement des bouffonneries de la commedia, jusqu'à s'en affranchir complètement, Goldoni nous offre dans ses pièces les plus mûres des tableaux saisissants de la société de son époque, et des personnages de grande complexité et épaisseur. C'est le cas de la Trilogie de la Villégiature, l'un de ces chefs-d'oeuvre. Et c'est, un tout cas, le Goldoni qui m'intéresse.


POUR UN THÉÂTRE VIVANT
Je travaille dans une recherche constante de sens, qui bannit tout dogmatisme, toute interprétation du réel plaquée. En tant qu’art vivant, sans jamais rien dire de définitif, le théâtre peut rendre compte de la complexité de la vie elle-même.
Nous pouvons, au théâtre, nous identifier au personnage : un moyen de saisir ce qui n’est pas visible dans la vie de tous les jours, d’accéder à une connaissance de soi-même et de la réalité plus profonde et dynamique. Encore faut-il que le théâtre montre les hommes tels qu’ils sont...
L’acteur en tant qu’être humain, capable de prêter au personnage son corps, sa voix, mais aussi et surtout son monde intérieur, est au centre de ma démarche théâtrale. Mon travail consiste, avant tout, à saisir ces deux natures, à tisser des liens intimes entre elles, pour favoriser leur rencontre. Jusqu’à ce que, de cette alchimie, une nouvelle vie apparaisse.
Ma recherche vise à écarter le plus possible les conventions théâtrales, afin de réduire - voire d'abolir toute distance entre la scène et la salle. Faire du théâtre vivant signifie mettre constamment la technique au service de la vie, la forme au service du fond. Cacher les ficelles du travail, pour que la vie puisse jaillir de la scène.
Lorsqu’on arrive à briser toute barrière, la communication entre le spectateur et l'acteur-personnage devient active. C’est cette rencontre d’êtres vivants, cette richesse chaque jour renouvelée, imprévisible et unique qui fait, à mes yeux, la spécificité et la grandeur du théâtre ; ce qu’aucun film, aucun livre, aucun tableau ne pourront jamais offrir.

Carlotta Clerici

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La Trilogie en 1930

Plusieurs réflexions nous ont emmenées à placer La Trilogie dans les années 1930.
Le crac Boursier de 1929, l’arrivée des dictatures au pouvoir, la période incertaine d’un entre-deux guerres mais aussi une joie de vivre et une manière d’insouciance. La fin d’une classe, d’un monde, d’une certaine manière de vivre, d’une façon de voir la société avec des couches sociales si fortes qu’elles pourraient faire penser à des castes. Une sorte d’élégance voulue parfois et parfois innée.
Le parallèle historique d’une part et une sorte de parfum de l’autre. La notion de nostalgie est une notion commune à toutes les époques. Bien entendu elle est différente en fonction des périodes. On remarque pourtant que la nostalgie se place pratiquement toujours dans le cadre du souvenir d’une époque radieuse, lointaine, finie mais encore accessible. Cela sera le souvenir des générations qui nous ont précédé immédiatement plus que de celles qui représentent des fondements plus éloignés. La grand-mère qui nous berçait dans l’enfance nous parlait de sa jeunesse, de ce temps inconnu mais si familier.
Les années 30 ont dans les esprits d’aujourd’hui une sorte de parfum de poudre de riz, c’est Arsène lupin, Hercule Poirot et Gatsby le Magnifique qui passent. Et pourtant le propos reste invariablement actuel. Il nous suffit de regarder autour de nous et l’on pourrait aisément voir se promener Filipo, Ferdinando, Vittoria, Giacinta.
Si La Trilogie a été écrite il y a deux siècles et demie, la nostalgie de cette époque là est bien loin pour nous. Pour en retrouver le souvenir et le parfum à deux cent cinquante ans d’écart, notre imaginaire nous propose plutôt 1930. Les années passent, la nostalgie se déplace.


Philippe Varache



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