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Variations humaines sur monde incertain. Où l'on rit, où l'on pleure, où l'on danse.


 


un spectacle écrit et mis en scène par
Anne Coutureau

Le texte est publié aux Éditions Alna

pour l'atelier amateur de Théâtre vivant

à partir du 17 mars 2010 au Théâtre du Nord-Ouest
infos pratiques

avec:
Baptiste Benoît, Raul Fokoua, Claire Guillon, Ludovic Mahier, Pierre Rancé, Cécile Roygnan, Léïla Séri et Elisa Thuan


lire la critique de froggydelight


SEQ. 11
EMMANUEL / JEAN-LOUIS
"La Chute"

Chez Emmanuel.
Jean-Louis entre, observe un désordre peu habituel chez son ami.
Emmanuel va se rasseoir dans un coin avec son verre.
Durant toute la séquence, Jean-Louis restera très calme, paternel.


JEAN-LOUIS : Tu fais une étude de marketing sur les boîtes de pizzas?
EMMANUEL : Tu bois quoi?
JEAN-LOUIS : Rien. Merci.
Pause.
EMMANUEL : Je suis mort, Jean-Louis. Ça y est, je suis cramé.
JEAN-LOUIS : Plus rien?
EMMANUEL : Plus rien. Plus une goutte. La justice au cul. Le fisc, la boîte...C'est fini. Je suis fini.
Jean-Louis va s'installer par terre à côté de lui, prend son verre et boit.
EMMANUEL : Tu peux m'aider? Faudrait que j'aille en Belgique...Je sais pas...
Pause.
JEAN-LOUIS : Tu sais quoi? (Regard d'Emmanuel) Lâche. Lâche tout ça. Toutes ces conneries. C'est le moment.
Emmanuel se lève avec humeur.
EMMANUEL : J'en étais sûr. C'est pas pour ça que je t'ai demandé de venir! Comment tu veux que je lâche? C'est ma vie!
JEAN-LOUIS : Et t'en as pas marre? Faire du fric. Sur rien. Jouer avec l'argent comme un gosse?
EMMANUEL : Je sais rien faire d'autre. Et j'aime ça. C'est la seule chose que je fais bien. La seule qui me rattache à la vie.
JEAN-LOUIS (avec conviction) : Mais ça n'a pas de sens! Regarde autour de toi. Ton monde s'écroule. Faire ses petits coups dans son coin, amasser du pognon pour le dépenser n'importe comment...en corrompant les hommes, en pourrissant la planète, c'est fini tout ça. On s'est bien amusé mais c'est fini.
EMMANUEL : Oh, non, non, pitié!
JEAN-LOUIS : Il faut penser différemment. Penser avec tous. Avec chacun.
EMMANUEL (se moquant) : Pour bâtir un monde meilleur où les forts ne chercheraient pas à tirer profit des faibles.
JEAN-LOUIS : Un monde sans esclaves.
EMMANUEL : Un monde sans humanité.
JEAN-LOUIS : Une autre humanité.
EMMANUEL: Oui, un fantasme, quoi.
JEAN-LOUIS : Un projet.
EMMANUEL (violent) : Ecoute, j'en ai rien à foutre, moi, de l'avenir de l'humanité. J'ai pas de gosses et j'en veux pas. J'en ai rien à foutre des chinois, des petits palestiniens et des ours blancs, je trie même pas mes poubelles. Viens pas m'emmerder avec tes rêves de retraité. Je baise des putes et je les paie plus cher pour les baiser sans capote et pas parce que ça me fait jouir de les corrompre mais juste parce que c'est meilleur et parce qu'elles aiment l'argent. Y'a rien d'autre! Tu m'emmerdes avec ta bonne conscience de converti, y'a pas de morale! Y'a pas de sens. Y'a pas de salut. Et, désolé, y'a pas de méchant.
JEAN-LOUIS : T'as raison, t'es même pas un méchant. T'es juste un pauvre type. Qui souffre. (...)

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SEQ. 13
BETTY / BABETTE 2
"Babette tombe à l'eau"

Chez Betty. Tea time.
Elles jouent au Scrabble. Babette est de mauvaise humeur.
Long temps. Elle réfléchit, soupire, réfléchit, etc...Puis elle se lance.


BABETTE : Bon, je mets un F là, j'ai rien d'autre et je transforme mon POU en POUF.
BETTY : POUF?
BABETTE : Oui, POUF. Un pouf. Ou "pouf!"
BETTY : Oui, oui, pouf, c'est bien.
BABETTE : 4, 6, 9. Neuf. C'est pas très glorieux mais il faut bien avancer. (Elle note) Ça me fait 23. Et toi, 58.
Pendant ce temps, Betty place ses lettres, ça n'en finit pas.
Qu'est-ce que c'est que ça?
BETTY : TRAMWAYS au pluriel avec ton A. Ça fait 3, 5, 15, lettre-compte-double 25, 26, 36, 37 et mot-compte-triple.../
BABETTE : Quoi?!!
BETTY : Et oui, mot-compte-triple. Ça fait ... 111.
BABETTE : C'est pas possible. Comment tu fais?
BETTY : J'ai de la chance.
BABETTE : C'est vraiment stupide ce jeu.
BETTY : Tu dis ça parce que tu perds.
BABETTE (prenant les lettres dans le sac) : J'en ai assez de ces pions idiots, de ce sac-à-lettres...moche! Et de ces mots qui comptent double, ça n'a pas de sens! (Elle se lève brusquement) Et j'en ai marre de ce thé! Il est pas bon. J'aime pas le thé!!
BETTY : Ben pourquoi t'en bois?
BABETTE : J'en sais rien. Pourquoi je bois du thé, pourquoi je joue au Scrabble, pourquoi j'ai épousé cet homme...
BETTY : T'aime pas le Scrabble?!!
BABETTE : J'en peux plus, Betty, je... J'ai envie de ...
Pause.
BETTY : De quoi?
Pause.
Pourquoi tu le fais pas?
BABETTE (hurle) : Parce que ce dont j'ai envie en ce moment, c'est de l'étouffer avec son oreiller et de foutre le camp!
BETTY : Ah oui.
BABETTE : C'est tellement...dur.
BETTY : Oui, voir mourir quelqu'un, le voir s'éteindre jour après jour.../
BABETTE : Non, ce qui est dur, c'est que je ne l'aime plus.
Pause. Elle pleure.
Je ne l'aime plus depuis longtemps. Et depuis qu'il est malade, c'est pire. Et je m'en veux. Je m'en veux tellement. C'est insupportable. J'en viens à souhaiter sa mort. Et il faut que je lui souris du matin au soir. Vivre dans le mensonge, dans un moment pareil! C'est insupportable.
BETTY : Dommage que tu n'aies pas trouvé ça insupportable il y a vingt ans.
BABETTE : Ne sois pas dure, Betty.
BETTY : C'est pas moi qui suis dure, Babette.
BABETTE (cassante) : Tais-toi, tu ne sais pas de quoi tu parles, je ne sais pas même pas pourquoi je te.../
BETTY : Ah non Babette, ça suffit! Soit tu penses que je suis folle et tu me traites en folle, et alors tu me parles gentiment et tu ne viens pas me raconter tes histoires, soit tu m'accordes la responsabilité de mes actes et de mes pensées et tu m'écoutes jusqu'au bout!!
BABETTE (surprise) : D'accord. Qu'est-ce que tu as à dire?
BETTY : Claude est un homme égoïste et sans profondeur que tu n'as jamais aimé, qui t'a traitée comme une esclave et avec qui tu as passé ta vie parce que sa position sociale te rassurait.
Silence. Babette se calme.
BABETTE : C'est vrai.
BETTY : Maintenant, dans quelques mois, c'est fini, tu devrais être contente.
BABETTE : Arrête. C'est monstrueux.
BETTY : Oui, on est tous des monstres. A un moment. N'empêche. Tu seras bientôt libre.
BABETTE : Libre...

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