Chanal François Raison
Francine Anthéa Sogno
Hubertin Michel Papineschi
Coustouillu Sacha Petronijevic
Hallidet Anatole de Bodinat
Sophie Gael Rebel
Belgence Jean Tom
Planteloup Hervé Masquelier
Lapige Philippe Simon
LA
PIECE
LA MAIN PASSE marque un tournant dans loeuvre de Feydeau.
Tout en sinscrivant dans la lignée des grands vaudevilles
comme Le Dindon ou La Dame de chez Maxims, cette pièce
se distingue par la présence dun quatrième
acte et par une place plus grande donnée à la comédie
de moeurs, à lobservation psychologique et aux éléments
humains plutôt quaux artifices de la dramaturgie.
Précurseur des comédies courtes et cinglantes de
la fin de la vie de lauteur, La Main Passe est sans doute
la pièce où il se rapproche le plus de son contemporain
Tchekhov, à la fois dans la forme - cette forme un peu
hybride en quatre actes - et dans le fond - ce regard impitoyable
mais amusé sur les faiblesses humaines.
La pièce a tout juste cent ans. Mais elle est toujours
vivante. Nous allons la sortir du musée, la dépoussiérer
juste ce quil faut pour quelle nous parle directement,
sans distractions inutiles. Le texte original est très
long. Nous allons proposer une version ramassée, discrètement
modernisée, concentrée sur laction et sur
le thème du couple.
LA MISE EN SCENE
Jai lhabitude de demander un investissement total
de la part de mes acteurs et ils ont lhabitude de sy
donner à coeur joie. Nous allons cerner les intentions
profondes, traquer les intonations justes, travailler inlassablement
en répétition jusquà ce que le jeu
paraisse naturel, jamais forcé, facile. On ne veut pas
attirer lattention sur notre travail, ce serait plutôt
vulgaire. Ca devrait avoir lair facile. La mise en scène
se veut invisible.
POURQUOI
FEYDEAU ?
Le public veut rire. Feydeau est passé maître dans
lart de construire des intrigues abracadabrantes à
partir dun grain de sable tout à fait crédible,
tout en restant dune justesse absolue dans lobservation
de ses personnages. Quand Bergson définit le rire comme
« du mécanique plaqué sur du vivant »,
on pourrait croire quil pensait spécifiquement
à Feydeau. Cest le vivant qui nous intéresse.
Car ces personnages ne sont pas des marionnettes, ni lillustration
dune théorie quelconque (à moins que ce
ne soit la loi de Murphy: « Tout ce qui peut aller de
travers ira de travers. »). Ce sont des êtres humains.
Cest nous. En riant deux, nous rions de nous-mêmes.
Cest sain, et ça fait du bien.
POURQUOI
LA MAIN PASSE ?
Parce que ça parle de la quête de lamour,
plus ou moins heureuse selon les cas, et cette quête-là
est la nôtre. Enlevez la distraction un peu folklorique
de la Belle Epoque, avec ses moustaches, ses chapeaux et ses
domestiques en livrée, et vous avez une pièce
dune modernité étonnante, qui nous parle
directement de nous, de nos petites lâchetés et
de nos petites audaces, et de notre incapacité congénitale
de nous mettre à la place de lautre et de comprendre
son point de vue.
POURQUOI MAINTENANT ?
Notre monde moderne est envahi par le désespoir et le
vide. Il serait tout à fait possible, et même dans
lair du temps, de monter cette pièce de façon
cynique. Les personnages sont tous bourrés de défauts,
on pourrait jeter sur eux un regard froid et supérieur,
insister sur leur stupidité et leur égoïsme.
Je préfère à cela un regard lucide mais
tendre. Jaime ces personnages. Ils sont aussi bêtes
que moi. Et je voudrais laisser une porte ouverte à lespoir.
Cest bien damour quil sagit. Et il est
encore permis despérer le trouver. Francine est
une femme moderne. Elle ose être exigeante. Pour moi,
même dans son égoïsme et sa mauvaise foi,
cette femme est admirable.