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en scène :

Texte et mise en scène:
Mitch Hooper
avec:
Yvan Garouel et Anne Coutureau


La pièce a été créée au Théâtre du Nord-Ouest en 2000
et reprise au
Mac Mahon le mercredi 29 juin 2005
retransmission en direct sur
DIRECT 8 (chaîne TNT)







La matière première de mon théâtre, c'est l'acteur. Sans lui je ne suis rien. Je me sers de son corps et de sa voix, bien sûr, de son enveloppe physique, mais aussi et surtout de sa vie intérieure, de ce noeud d'impressions et de sensations, d'humeurs et d'affections, de sentiments et de ressentiments, d'enthousiasmes et d'amertumes, de délices et de dégoûts, cet enchevêtrement d'émotions et de pensées que nous portons en nous tous et que, pour plus de facilité et sans vouloir rentrer dans un débat métaphysique, je vais appeler l'âme humaine.

Je demande à l'acteur, donc, rien de moins que de se donner corps et âme au travail que nous avons devant nous, au personnage qu'il doit incarner, à l'histoire que nous devons raconter. Et ils le font. Régulièrement, sans (trop) se plaindre, sans fausse pudeur, avec une vraie générosité, dans le bonheur de la création. Franchement je n'en reviens pas. Mais j'en profite éhontément.
Ma contribution en tant que metteur en scène est d'essayer de dessiner une ligne dramatique, de sélectionner parmi les propositions des acteurs les émotions et les pensées qui me paraissent justes, qui vont faire avancer l'histoire, de préciser chaque moment, chaque échange, de leur donner un sens, une direction, et de trouver une cohérence dans l'ensemble. Pas une cohérence superficielle, intellectuelle, plaquée, mais une cohérence profonde, ressentie, partagée, qui n'exclut pas la douleur, l'incompréhension, le constat de notre impuissance. Autrement dit on est à la recherche de la vérité. Et parfois, par bonheur, on ne sait trop comment, on trouve quelque chose: une ligne apparaît - pure, profonde, claire. Et vraie. C'est peut-être cela que nous appelons la beauté.

On ne va jamais jusqu'au bout de ce travail. On ne peut tout définir. Il y a toujours quelque chose qui nous échappe, et c'est tant mieux. Le théâtre est une chose vivante, c'est un flux vibrant, volatile, changeant. Vouloir le fixer une fois pour toutes serait vouloir sa mort. On aurait un bel objet, comme un papillon encadré, mais l'essence de ce que l'on cherchait se serait évanouie. Il y a une part de mystère dans l'âme humaine. Cela fait partie de la vie, et du théâtre. Il faut l'accepter, essayer d'en révéler la force sans chercher à l'enfermer dans le cadre de nos préconceptions.

Dans le théâtre français, aujourd'hui, j'ai l'impression d'être à contre courant. L'acteur dans les spectacles à la mode semble se mettre entre les mains du metteur en scène comme une marionnette. Il accomplit son travail avec une abnégation admirable. Il nous offre un bel objet, plein de prouesses techniques, et désespérément vide. Je ne doute pas que ce vide et ce désespoir soient voulus. Je ne doute même pas que le vide et le désespoir fassent partie intégrante de la vie humaine. Je trouve simplement qu'en se privant de la richesse de la vie intérieure de l'acteur, on passe à côté de l'essentiel. Cela donne un théâtre pauvre - et mort. Et cela m'ennuie.
Si ce théâtre distancié, désincarné est vraiment ce que demande le public, alors je suis complètement démodé - à moins que je ne sois d'avant-garde. Car il me semble qu'en cette fin de millénaire nous sommes tous amplement conscients du désespoir et du vide. La laideur du monde est partout apparente. Et à l'aube d'un millénaire nouveau, il ne suffit plus d'en témoigner, il faut y résister.

retrouvez la critique de Martine Piazzon dans Froggydelight

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