avec
:
Chanal François Raison ou Grégoire Bonnet
ou Patrick Azam ou Christophe Barbier ou Stéphane
Roux , Francine Anthéa Sogno, Hubertin Michel
Papineschi ou Bruno Paviot, Coustouillu Sacha
Petronijevic ou Guillaume Crozat, Hallidet Anatole
de Bodinat, Sophie Gael Rebel ou Caroline Victoria
ou Smadi Wolfman ou Elise Roche, Belgence
Jean Tom ou Michel Baladi, Planteloup Hervé
Masquelier, Lapige Philippe Simon ou Renaud Castel
décor:
Olivier Prost
lumière: Pierre Bèfve
LA
PIECE
LA MAIN PASSE marque un tournant dans loeuvre de Feydeau.
Tout en sinscrivant dans la lignée des grands vaudevilles
comme Le Dindon ou La Dame de chez Maxims, cette pièce
se distingue par la présence dun quatrième
acte et par une place plus grande donnée à la
comédie de moeurs, à lobservation psychologique
et aux éléments humains plutôt quaux
artifices de la dramaturgie. Précurseur des comédies
courtes et cinglantes de la fin de la vie de lauteur,
La Main Passe est sans doute la pièce où il se
rapproche le plus de son contemporain Tchekhov, à la
fois dans la forme - cette forme un peu hybride en quatre actes
- et dans le fond - ce regard impitoyable mais amusé
sur les faiblesses humaines.
La pièce a tout juste cent ans. Mais elle est toujours
vivante. Nous allons la sortir du musée, la dépoussiérer
juste ce quil faut pour quelle nous parle directement,
sans distractions inutiles. Le texte original est très
long. Nous allons proposer une version ramassée, discrètement
modernisée, concentrée sur laction et sur
le thème du couple.
LA MISE EN SCENE
Jai lhabitude de demander un investissement total
de la part de mes acteurs et ils ont lhabitude de sy
donner à coeur joie. Nous allons cerner les intentions
profondes, traquer les intonations justes, travailler inlassablement
en répétition jusquà ce que le jeu
paraisse naturel, jamais forcé, facile. On ne veut pas
attirer lattention sur notre travail, ce serait plutôt
vulgaire. Ca devrait avoir lair facile. La mise en scène
se veut invisible.
POURQUOI
FEYDEAU ?
Le public veut rire. Feydeau est passé maître
dans lart de construire des intrigues abracadabrantes
à partir dun grain de sable tout à fait
crédible, tout en restant dune justesse absolue
dans lobservation de ses personnages. Quand Bergson
définit le rire comme « du mécanique plaqué
sur du vivant », on pourrait croire quil pensait
spécifiquement à Feydeau. Cest le vivant
qui nous intéresse. Car ces personnages ne sont pas
des marionnettes, ni lillustration dune théorie
quelconque (à moins que ce ne soit la loi de Murphy:
« Tout ce qui peut aller de travers ira de travers.
»). Ce sont des êtres humains. Cest nous.
En riant deux, nous rions de nous-mêmes. Cest
sain, et ça fait du bien.
POURQUOI
LA MAIN PASSE ?
Parce que ça parle de la quête de lamour,
plus ou moins heureuse selon les cas, et cette quête-là
est la nôtre. Enlevez la distraction un peu folklorique
de la Belle Epoque, avec ses moustaches, ses chapeaux et ses
domestiques en livrée, et vous avez une pièce
dune modernité étonnante, qui nous parle
directement de nous, de nos petites lâchetés
et de nos petites audaces, et de notre incapacité congénitale
de nous mettre à la place de lautre et de comprendre
son point de vue.
POURQUOI MAINTENANT ?
Notre monde moderne est envahi par le désespoir et
le vide. Il serait tout à fait possible, et même
dans lair du temps, de monter cette pièce de
façon cynique. Les personnages sont tous bourrés
de défauts, on pourrait jeter sur eux un regard froid
et supérieur, insister sur leur stupidité et
leur égoïsme. Je préfère à
cela un regard lucide mais tendre. Jaime ces personnages.
Ils sont aussi bêtes que moi. Et je voudrais laisser
une porte ouverte à lespoir. Cest bien
damour quil sagit. Et il est encore permis
despérer le trouver. Francine est une femme moderne.
Elle ose être exigeante. Pour moi, même dans son
égoïsme et sa mauvaise foi, cette femme est admirable.