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Clara est une femme d'aujourd'hui, libre, indépendante. À trente-cinq ans, elle est amoureuse de l'homme avec qui elle vit, et ensemble ils décident d'avoir un enfant.
Ils n'y arrivent pas.
Clara nous entraîne dans son parcours d'aspirante maman. Des premières tentatives aux premiers échecs, des examens médicaux de base aux traitements lourds, des conseils de son entourage aux stigmatisations, de la déception au désespoir, à la prise de conscience...

Ce soir j'ovule est né de mon expérience de femme stérile. Avec la distance nécessaire à en faire un texte théâtral, et à travers un personnage de pure fiction, le monologue en retrace les étapes. Le désir de maternité constamment frustré, l'acharnement thérapeutique et - surtout - le regard des autres, des gens "normaux". La condamnation plus ou moins explicite, le jugement plus ou moins voilé de tant de gens, de trop de gens. La femme stérile est encore aujourd'hui, au XXI siècle, en occident, bannie de la société.

Ce constat a entraîné une réflexion sur le rôle de la femme et de la maternité dans une société pétrie de contradiction - entre libération sexuelle, émancipation, recherche des valeurs traditionnelles, progrès scientifique, retour à la nature... - et sur le rôle extrêmement ambigu de la procréation médicalement assistée. Dernier progrès au soutien des femmes ou retour en arrière, obligation d'enfanter, coûte que coûte? Maîtrise du corps féminin, ou sacrifice de la femme à sa tâche primordiale?

J'ai voulu jouer sur le décalage entre ma conscience actuelle et l'aveuglement irrationnel qui accompagne toujours l'expérience de l'infertilité. J'ai donc choisi de reparcourir l'itinéraire en prise directe, à travers le regard d'une femme qui n'a pas encore réfléchi à tout cela, lorsqu'elle décide de faire un bébé...

Ce soir j'ovule se joue actuellement aux Petits Mathurins, interprété par Catherine Marchal et mis en scène par Nadine Trintignant.

La version italienne Stasera ovulo est en tournée en Italie depuis mars 2009 (interprète Antonella Questa, mise en scène Virginia Martini)

CRITIQUES
Pariscope - M-C. Nivière
froggydelight - M. Piazzon
youhumour - C. Fabre
Elle
Odb
La boîte à sorties

Catherine Marchal et Nadine Trintignant

photos N. Mazéas

Ça y est, cette fois-ci ça y est, je suis enceinte, ce sont là des signes qui ne trompent pas. Mes seins explosent, ils sont tendus, durs et douloureux - Marc peut à peine les effleurer! - ils me font mal, mal, mon ventre tire, il est gonflé, j'ai des douleurs ici, en bas - c'est forcément l'oeuf fécondé qui migre vers l'utérus - j'ai des nausées tout le temps, je suis fatiguée, crevée, j'ai pris trois kilos et j'ai même un jour de retard! Un jour entier de retard! Le 28ème jour du cycle s'écoule sans une goutte de sang! Je vais quarante fois aux toilettes pour vérifier, pas une goutte, la journée passe et ma culotte est immaculées! Je suis enceinte!!! Marc, mon amour, ça y est, j'en suis sûre, je suis enceinte! Je bénis Ludmilla, son père et ses aïeuls, je m'achète un beau test de grossesse, pour la forme, parce que j'en suis sûre, je le sens, une nouvelle vie jaillit dans mon ventre, mais j'ai tellement envie de faire la surprise à Marc, dès qu'il rentre du travail, je vais m'approcher de lui sans un mot, lui tendre le stick avec les deux traits = enceinte, il ne va même pas avoir besoin de le regarder, de toute façon, il aura déjà deviné à mon regard attendri, on va tomber dans les bras l'un de l'autre et le stick va tomber par terre, on va fondre en larme, on va avoir notre bébé! On va pleurer de joie, se redire notre amour et ouvrir une bouteille de champagne, moi j'y tremperai juste les lèvres, il faut que je pense à mon bébé, maintenant! Des larmes d'émotion sillonnent mes joues, tandis que j'urine sur le bâtonnet. Je regarde en souriant de bonheur le deuxième trait apparaître dans la fenêtre, parallèle au premier... Il n'apparaît pas. J'avale ma salive, et ma joie. Je reste immobile, glacé, j'ai froid, je frissonne, mes larmes ne cessent de couler le long de mes joues, et ce ne sont plus de larmes d'émotion, je sanglote, je hurle, je me recroqueville par terre, je crie de désespoir, du plus profond de mon être, de mes entrailles qui me font mal, mal à en crever, je me tord de douleur, j'ai des spasmes, des contractions, je vomis, qu'est-ce qui m'arrive, c'est une fausse couche, non, ce n'est pas possible, puisque je ne suis pas enceinte, pas enceinte, pas enceinte, je crie sans retenue, personne ne m'entend, personne ne vient, je suis seule, abandonnée des hommes et des dieux, seule allongée sur le carrelage froid des toilettes, secouée de crampes de plus en plus cruelles, abîmée dans un désespoir cosmique, soudainement une lame de couteau me transperce, je suis en train de mourir, non, ce sont juste mes règles, un flot qui se libère de mon ventre et qui jaillit avec une violence jamais connue auparavant.


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Quel est le pourcentage de réussite, docteur?
"À votre âge... autour du 15%."
15%?! Je rêve... Tout ce bordel, pour une réussite hypothétique si faible? Et pourquoi personne ne m'a informée de ce taux d'échec catastrophique?
"Ditez-vous que, à chaque tentative, vous vous donnez un 15% de chances supplémentaire..."
Moi, je me dis que, puisque personne n'a vraiment compris les raisons de ma stérilité... ou je me trompe, docteur? Vous ne le savez pas, exactement, pas plus que les gynécologues qui vous ont précédée !
"C'est ce que nous appelons une infertilité inexpliquée, effectivement."
Très bien, alors, ditez-moi pourquoi votre FIV à 15% devrait marcher mieux qu'une vieille et bonne relation sexuelle!
"Écoutez, Madame, la FIV n'est peut-être pas un procédé miracle, ça permet néanmoins à des milliers de femmes, chaque année, d'être enceintes."
"À quel prix?"
"Il y a quelques petites contraintes..."
"Petites contraintes?! On prend le corps d'une femme, on l'empoisonne d'hormones, on le charcute..."
"Vous voulez un enfant, Madame?"
Oui, je veux un enfant! Oui, je le veux VRAIMENT! Je crie avec tout mon souffle, ma rage, avec toute ma détresse, "Je veux un enfant, mais pas à n'importe quel prix!"
Vous rejetez les progrès de la médecine?
Non. Je refuse simplement l'acharnement thérapeutique. Et je revois ma grand-mère, reliée de force à la vie par des tuyaux qui prolongeaient à l'infini son épouvantable agonie.
"Madame, je suis désolée, je n'ai pas le temps de m'occuper de vos états d'âme, j'ai encore 5 rendez-vous, ce matin, dont 2 inséminations. Si vous avez des problèmes, une cellule psychologique de soutien est mise en place à la maternité, vous avez le numéro de téléphone sur la feuille informative."
Super, on est dans la parcellisation totale du corps humain, la gynéco soigne la chatte, le psy le cerveau, surtout on ne mélange pas.
"Je m'en vais, Docteur, je m'en vais pour ne plus jamais revenir. Je sors de cet engrenage infernal dans lequel je me suis laissé entrainer malgré moi. Annulez mon inscription en FIV que je ne vous ai jamais demandée."
"Madame, je vous conseille de réfléchir, appelez ma secrétaire quand vous vous serez calmée".
Et là, du fond de mes entrailles, surgit le slogan que je criais la gorge déployée, libre et heureuse, en marchant dans la rue avec mes copines, fière d'être une femme, mes cheveux longs et ma jupe fleurie flottants dans le vent:
(Timide) "Mon corps m'appartient, et j'en fais ce que je veux..."
Pardon? Pradier me regarde, ahurie.
(Avec de plus en plus d'assurance) "Mon corps m'appartient, et j'en fais ce que je veux... Mon corps m'appartient, et j'en fais ce que je veux!" Je l'affirme, je le proclame, là, devant cette femme censée aider les femmes, je vois ses lèvres trembler et une lueur traverser son regard, vous vous souvenez peut-être de l'avoir crié vous-même, docteur, autrefois?
Vous ne croyez pas que les choses nous aient échappé, Docteur? Vous ne pensez pas qu'on se retrouve prisonnières de notre volonté de maitriser notre corps? On revendiquait: "Un enfant, quand je veux", parce qu'on refusait d'être contraintes à une maternité non souhaitée. Et on en arrive à se contraindre à la maternité, lorsqu'on la souhaite! Le droit à l'enfant, que vous clamez, Docteur, n'est-il pas devenu le devoir de l'enfant?
Je sors en courant, je pleure, je sanglote, je me vide de mes larmes, je ris, je crie, je me sens légère, libérée d'une obsession qui me hantait depuis maintenant quatre ans, d'un cauchemar qui m'écrasait et qui m'empêchait de vivre, parce que je suis incapable de donner la vie.

 

 


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La survie du genre humain

L'idée de ce texte est née alors que le parcours du combattant était fini depuis longtemps.
Maman comblée d'un merveilleux bébé, je jonglais entre biberons, berceuses et couches lorsque j'ai entendu pour la première fois la phrase fatidique:
"Tu verras, maintenant que tu as adopté, tu te retrouveras enfin enceinte!"
Mais... je n'en ai plus besoin! je rétorquais, en serrant fort ma fille. "Je l'ai, mon enfant!"
Quelqu'un que je ne citerai pas est allé jusqu'à affirmer: "Oui, d'accord, mais maintenant tu tomberas enceinte et tu auras ton vrai enfant".
Génial! Je lui ai demandé ce que je devrais faire, alors, du petit bâtard. Le rendre à la DDASS?
Mon interlocuteur était interloqué.
"Je ne sais pas quoi te dire, c'est une donnée. Lorsqu'une femme adopte, il arrive très souvent qu'elle se retrouve enceinte".

Au delà du fait que, statistiques à la main, cette légende est fausse - les cas de grossesse suite à une adoption sont très rares - qu'est-ce que c'est que ce mythe de la maternité biologique? Que signifie cette obligation de procréer - comme si c'était à la fois la tache suprême et la joie ultime de la femme? Qu'est-ce que cela veut dire, aujourd'hui, dans une société où l'égalité des sexes est - plus ou moins - un acquis ?

Avec un frisson, je me suis retrouvée quelques années auparavant, dévorée par l'obsession d'être enceinte.
J'ai alors décidé de replonger dans cette aventure et de la parcourir à nouveau, étape après étape. Du désir d'avoir un enfant, jusqu'au deuil de la maternité biologique et au choix d'une autre maternité.
J'ai revécu la spirale de folie qui m'avait engloutie - comme toutes les femmes qui se découvrent stériles, je ne suis pas un cas à part. Authentique folie, pure obsession. Une vie rythmée par l'observation minutieuse de son propre cycle, par les traitements, par les examens de contrôle. Ravagée par les conseils - plus ou moins raisonnables - et par les jugements - plus ou moins bienveillants - de sa famille, ses amis, ses médecins... On finit par ne plus penser à rien d'autre et, comme dans toute névrose, on perd le contact avec le réel, le vrai sens des choses.
Je me suis rendu compte que cette folie, si on la regarde avec un peu de distance, a des côtés comiques irrésistibles (comme toute folie). Ce qui n'en ôte pas les implications dramatiques, la souffrance, l'émotion...

J'ai essayé de comprendre. L'écriture sert à cela, je crois. À enquêter, à percer la réalité d'un regard plus profond. Sans avoir la prétention de donner des réponses. Je me suis immédiatement rendu compte que le problème est très complexe. La figure de la femme mère est pleine de contradictions, à l'image de notre société. Je suis la première à revendiquer la liberté sexuelle, la contraception, le choix responsable de la maternité. Je suis la première à revendiquer l'émancipation de la femme. Je n'ai aucun regret, et si je pouvais revenir en arrière je referais les mêmes choix. Mais - malheureusement - on ne peut pas nier que tout cela finit par aller à l'encontre des lois de la nature. On fait d'autres expériences, on privilégie la carrière, et on fait les enfants à un âge qui n'est plus - d'un point de vue purement physiologique - idéal. Comment faire? Je ne sais pas.

J'ai simplement voulu partager avec le public mon histoire, une histoire amusante et touchante qui concerne non seulement les femmes - stériles ou fécondes - mais qui concerne tout le monde, et qui touche les sphères profondes de l'inconscient collectif:
la procréation, c'est à dire la survie du genre humain.


Carlotta Clerici


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