JEAN
Ce nest pas ce que tu crois.
MARC Quoi ?
JEAN Comment ?
MARC Quest-ce qui nest pas ce que je crois ?
JEAN Il est très bien, ce fusil.
MARC Pourquoi tu me parles de ça ?
JEAN Il est bon, ton café ?
MARC Non. Tu ne veux pas me faire du vrai ?
JEAN Toi, cétait les pavés ou les interstices
?
MARC Comment ?
JEAN Quand tu étais petit. Cest un des premiers grands
choix quon fait dans la vie. Est-ce quon doit toujours
garder son pied à lintérieur des pavés
? Ou est-ce quon sapproprie le droit de marcher sur
les interstices ? Moi, je restais toujours sur les pavés.
Encore maintenant dailleurs. Javais une peur bleue
des interstices. Cest bête, hein ?
MARC Très.
JEAN Toi non, bien sûr. Tu as toujours été
plus courageux que moi. Mais moi, jétais persuadé,
je suis encore aujourdhui quelque part au fond de moi persuadé,
que si on marche sur un interstice on passe à travers,
on est aspiré par le vide, happé par le néant,
et on tombe, on tombe à jamais, une chute sans fin dans
un abîme sans fond.
Pause
MARC Tu vas bien ?
JEAN Oui. Finalement je me sens bien. Cest comme une délivrance.
Je suis en chute libre mais jai surtout un sentiment de
liberté. Ca fait si longtemps que je porte ce poids et
là brusquement je suis en apesanteur.
MARC Quel poids ?
JEAN Le poids du mensonge.
MARC Je ne comprends rien à ce que tu me racontes.