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Le graphiste de Théâtre Vivant : Olivier Thévin. Découvrez son book sur www.olivierthevin.com

Le Théâtre du Nord-Ouest, lieu unique par le sens, le courage et la folie de son projet, est à l’origine de notre rencontre : www.theatre-nordouest.com

Le Théâtre de l'Aktéon
nous a accueilli lors de La Mission. Chaleureux, talentueux et compétents, les directeurs de ce théâtre proposent une programmation cohérente et courageuse en privilégiant les créations contemporaines, les jeunes compagnies et en partageant les risques de production.

Les anciens élèves de Claude Mathieu dont Yvan Garouel et Anne Coutureau font partie s’organisent, allez les voir sur www.aecm.net

Froggydelight, musique, cinéma, théâtre, expos, lecture, bien vivre: un site de curieux pour sortir des sentiers battus

www.theatre-contemporain.net, un site consacré à la création contemporaine

Et les autres :

Louis Jouvet, Eduardo De Filippo, Victor Hugo, Diderot, Sacha Guitry, Arthur Miller, Saint Jean Chrysostome, Adamov, Goethe, Platon, Natya-Castra , Schiller, Eugène O'Neill, Picasso, Walter Benjamin, Bertolt Brecht, Molière, Peter Brook, Klee, Nietzsche, Shakespeare, Artaud, Tchékhov, Terzieff, Edward Bond, Grotowski, Pinter, Zabor

 

 

 


Louis Jouvet
Condamnés à expliquer le mystère de leur vie, les hommes ont inventé le théâtre.
Le théâtre rend aux hommes la tendresse humaine.
Nous souhaitons que l’art dramatique ne puisse jamais être considéré comme un instrument de propagande, qu’il ne soit jamais assimilé à une marchandise ou à un troc, la scène à une tribune. Nous souhaitons qu’il cesse d’être tenu pour un commerce ou un trafic et qu’il reste ce qu’il a toujours été et ce qu’il doit rester : une offre, un échange d’amitié et d’amour entre les hommes.
C’est son indépendance, c’est son universalité, me semble-t-il, qui doivent être le point de départ de nos préoccupations.

Eduardo De Filippo
Au Théâtre, le jeu naturel est la chose la plus construite et la plus difficile qui soit.

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Victor Hugo, Post-Scriptum de ma vie
Le théâtre est le pays du vrai: il y a des cœurs humains sur la scène, des cœurs humains dans la coulisse, des cœurs humains dans la salle.
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Diderot, Discours sur la poésie dramatique et Lettre à Madame Riccoboni
Si la nature et la vérité s’introduisaient une fois sur vos théâtres dans la circonstance la plus légère, bientôt vous sentirez le ridicule et le dégoût se répandre sur tout ce qui fera contraste avec elles.
Le système dramatique le plus mal entendu, serait celui qu’on pourrait accuser d’être moitié vrai et moitié faux.
Le public ne sait pas toujours désirer le vrai. Quand il est dans le faux, il peut y rester des siècles entiers: mais il est sensible aux choses naturelles; et lorsqu’il en a reçu l’impression, il ne la perd jamais entièrement.… accoutumés, comme nous le sommes, à une déclamation maniérée, symétrisée, et si éloignée de la vérité…
acteurs, jouissez donc de vos droits; faites ce que le moment et votre talent vous inspireront. si vous êtes de chair, si vous avez des entrailles, tout ira bien, sans que je m’en mêle; et j’aurai beau m’en mêler, tout ira mal, si vous êtes de marbre ou de bois.c’est là [au théâtre] qu’ils verront l’espèce humaine comme elle est, et qu’ils se réconcilieront avec elle
Soit donc que vous composiez, soit que vous jouiez, ne pensez non plus au spectateur que s’il n’existait pas. Imaginez sur le bord du théâtre un grand mur qui vous sépare du parterre. Jouez comme si la toile ne se levait pas.
S’il [l’auteur] cesse de dialoguer, il prêche
Une des parties les plus importantes de l’art dramatique, et une des plus difficiles, n’est-ce pas de cacher l’art?
Tu pâlis… Tu trembles… Tu me trompes… Dans le monde, parle-t-on à quelqu’un? On le regarde, on cherche à démêler dans ses yeux, dans ses mouvements, dans ses traits, dans sa voix, ce qui se passe au fond de son cœur. Rarement au théâtre. Pourquoi? C’est que nous sommes encore loin de la vérité.
Il y a quinze ans que nos théâtres étaient des lieux de tumulte, les têtes les plus froides s’échauffaient en y entrant, et les hommes sensés y partageaient plus ou moins le transport des fous. […] On était arrivé avec chaleur, on s’en retournait dans l’ivresse. […] C’était comme un orage qui allait se dissiper au loin, et dont le murmure durait encore longtemps après qu’il s’était écarté. Voilà le plaisir. Aujourd’hui on arrive froids, on écoute froids, on sort froids, et je ne sais plus où l’on va.
Mettez mon imagination en train, et je verrai au plus loin, et je devinerai ce que je ne verrai pas.
Vos règles vous ont faits de bois, et à mesure qu’on les multiplie, on vous automatise.
Il n’y a que le vrai qui soit de tous les temps et de tous les lieux.Votre dessein serait-il de faire de l’action théâtrale une chose technique qui s’écartât tantôt plus, tantôt moins de la nature. […]
Moi je sortirais de la nature, pour me fourrer où? Dans vos réduits où tout est peigné, ajusté arrangé, calamistré? Que je me déplairais là!
J’avais cru que les salles devaient être faites pour les acteurs; point du tout, les acteurs sont des espèces de meubles qu’il faut ajuster aux salles…
Veuillez-le, veuillez-le, vous qui avez de la noblesse, de la simplicité, de la vérité, de la sensibilité, de l’imagination, du style, de la grâce; vous qui connaissez les mœurs, les usages, les hommes, les femmes; vous qui avez de la gaîté, du naturel, de la finesse, de l’honnêteté, de l’originalité! MAIS OUBLIEZ VOS RÈGLES, LAISSEZ LÀ LA TECHNIQUE. C’EST LA MORT DU GÉNIE.
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Sacha Guitry
J’en suis à me demander si nous avons le droit de retenir chaque soir pendant trois heures l’attention de mille personnes sans en profiter davantage et plus utilement. Sous prétexte de se distraire et de se délasser, savez-vous ce qu’ils vous apportent tous les soirs ces gens-là ? Ils vous apportent, sans l’avoir jamais formulé, le désir permanent qu’ils ont d’améliorer leur existence quotidienne. Eh bien, il ne faudrait pas se contenter de leur faire oublier leurs ennuis de la veille, il faudrait pouvoir les préparer à supporter, à éviter leurs ennuis du lendemain, sans qu’ils s’en aperçoivent.
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Arthur Miller
Une pièce, je pense, devrait paraître sensée à des gens de bon sens.
[...]
Quels que soient les moyens utilisés, le premier objectif d'une pièce est d'exciter les passions de son public afin que par l'intermédiaire de la passion s'ouvrent de nouveaux rapports entre un homme et les hommes, entre les hommes et l'Homme.
[...]
Un nouveau poème scénique est un nouveau concept des rapports entre l'individu et la société, et la société et l'histoire - et sa création exige une plus grande - et non pas une moindre - attention aux conditions inévitables, communes, omniprésentes de notre existence en ce temps et à cette heure.
Je vois chaque membre du public comme quelqu'un qui porte en lui une angoisse, ou un espoir, ou une préoccupation, qu'il considère comme appartenant à lui tout seul, l'isolant du reste de l'humanité ; et à cet égard au moins le rôle d'une pièce est de révéler cet homme à lui-même pour qu'il puisse toucher les autres grâce à la révélation de sa communauté avec eux. Si ce n'est que pour cela je considère le théâtre comme une affaire sérieuse, qui rend ou qui devrait rendre l'homme plus humain, c'est-à-dire : moins seul.
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Saint Jean Chrysostome (344-407 père de l'Église grecque, a combattu le théâtre)
" Au sortir du théâtre, votre maison vous semble trop simple parce que vous avez dans l'esprit les splendeurs de la mise en scène; votre femme vous déplaît parce qu'elle est moins belle et moins parée que l'actrice ou la danseuse que vous avez applaudie et vous faites retomber votre mauvaise humeur sur ceux qui vous entourent."
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Adamov
« Le temps est passé de ne montrer qu'un seul aspect de la vie » écrivait Sean O'Casey. Je crois comme lui, que le temps est passé et qu'un théâtre résolument moderne doit se référer à toutes les investigations et acquisitions des temps modernes.
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Goethe
Où trouve-t-on un meilleur abri contre l’ennui qu’au théâtre ? Où fait-on plus agréablement connaissance ? Les hommes sentent-ils jamais mieux leur fraternité que lorsque, suspendus aux lèvres d’un seul homme, ils sont enlevés, emportés par un sentiment commun ?
Qu’est-ce qu’un tableau, des statues, en comparaison de cette vivante chair de ma chair, de cet autre moi-même qui souffre, jouit et fait vibrer chacun de mes nerfs en sympathie avec les siens ?
Et où peut-on présumer qu’il se cache plus de vertu ? Chez le bourgeois timoré qui amasse de quoi manger par un commerce sordide et répugnant ou chez celui dont l’art, qui lui donne le pain, alimente en même temps les sentiments les plus nobles, les plus élevés que les hommes soient capables de concevoir, qui étudie et représente chaque jour la vertu et le vice dans leur nudité, et qui doit sentir la beauté et la laideur dans toute leur force avant de pouvoir les communiquer aux autres hommes avec une force équivalente ?
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Platon
Déclarons néanmoins que si la poésie imitative peut nous prouver par de bonnes raisons qu'elle a sa place dans une cité bien policée, nous l'y recevrons avec joie car nous avons conscience du charme qu'elle exerce sur nous.
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Natya-Castra, traité d'art dramatique hindou
Brahmâ a dit:
110. Revêtu des manifestations diverses de la vie, incarnant les phases diverses de l'action, j'ai fait ce Théâtre conforme au mouvement du monde.
112. Ainsi, par les saveurs, les sentiments et tous les modes de mouvement, ce Théâtre sera pour tous une source d'enseignements.
115. Pas de connaissance, pas de métier, pas de science, pas d'art, pas de forme d'activité ni de méthode qui ne soient visibles dans ce Théâtre.
118. Toutes les natures individuelles du monde, avec leurs mélanges propres de bonheur et de malheur, présentées par la mimique corporelle et les autres moyens d'expression: c'est cela qu'on appelle Théâtre.
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Schiller, Le théâtre considéré comme une institution morale - 1861
Le théâtre […] ouvre une carrière sans limites à l'esprit altéré d'activité, qui donne des aliments à toutes les facultés de l'âme, sans en exalter une seule, et qui unit la culture de l'esprit et du cœur au plus noble passe-temps […].
Quel renfort pour la religion et la loi si elles s'allient avec le théâtre où il y a contemplation directe et présence vivante, où le vice et la vertu, la félicité et le malheur, la folie et la sagesse, passent devant l'homme, sous une forme réelle et saisissable, en mille tableaux animés; où la Providence résout ses énigmes, dénoue ses nœuds devant nos yeux, où, sur le chevalet de la passion, le cœur humain confesse ses plus secrets mouvements, où tous les masques tombent, où tout fard s'évapore, où la vérité tient ses assises, incorruptible comme Rhadamanthe!
Si même aucune morale n’était plus enseignée, si aucune religion ne trouvait plus de croyance, s’il n’y avait plus de loi, Médée nous ferait encore frémir, lorsqu’elle descend en chancelant l’escalier du palais et qu’elle vient d’accomplir le meurtre de ses enfants.
Le théâtre […] parcourt tout le domaine de la science humaine, épuise toutes les situations de la vie et éclaire tous les replis du cœur parce qu'il réunit toutes les conditions et toutes les classes; il suit de toutes les routes la plus frayée, pour arriver à l'intelligence et au cœur.
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Eugène O'Neill
Pour moi, seul le tragique a cette beauté si pleine de sens qui est la vérité. C'est le sens de la vie - et l'espoir. De tous temps, le plus noble s'est révélé le plus tragique.
Les gens qui réussissent et ne vont pas plus loin, vers un échec plus grand, appartiennent spirituellement à la classe moyenne. Le fait qu'ils s'en tiennent au succès est la preuve de leur insignifiance et de leur compromission
Comme leurs rêves devaient être beaux !
Celui qui poursuit seulement ce qu'il peut atteindre devrait être condamné à l'atteindre et à le garder. Lauriers et héros se faneront ensemble. Ce n'est qu'à travers ce qu'il ne peut atteindre que l'homme trouve un espoir qui vaille la peine qu'on vive et qu'on meure pour lui et qui permette de se trouver.
Celui dont la récompense est un espoir désespéré est celui qui se rapproche le plus des étoiles et du pied de l'arc-en-ciel.
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Picasso
Nous savons tous que l'art n'est pas la vérité.
L'art est un mensonge qui nous fait comprendre la vérité; du moins, la vérité qu'il nous est donné de pouvoir comprendre.
L'artiste doit pouvoir trouver les moyens de convaincre les autres de la véracité de ses mensonges.
S'il ne montre dans son œuvre que ce qu'il a cherché et recherché pour faire passer ses mensonges, il ne parviendra jamais à rien.
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Walter Benjamin
Une œuvre n'est faite que pour garder le souvenir des blessures infligées à l'humanité et les transmettre aux générations futures, elle n'existe en somme, que parce que les hommes souffrent et pour que d'autres le sachent.
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Bertolt Brecht
Comédiens, metteurs en scène et architectes de scène parviennent généralement à leurs stylisations au détriment du réalisme. Ils créent du style en créant "le paysan", "la noce", "le champ de bataille" ; c'est-à-dire en écartant ce qui est unique, particulier, contradictoire, contingent, et fabriquent des modèles malléables ou interchangeables de la réalité, le plus souvent incontrôlée, mais qui sont des copies de dessins, faciles à fabriquer, car des éléments de style s'y trouvent déjà. de tels stylistes n'ont pas de style, et ne cherchent pas à saisir le style de la réalité, mais imitent des procédés de stylisation. Il est certain que tout art embellit les choses (ce qui ne veut pas dire qu'il les enjolive). S'il les embellit, c'est parce qu'il lui faut porter la réalité à la jouissance. Mais ces embellissements, ces mises en forme, ces stylisations, ne doivent pas être des falsifications, des évacuations.
Le déchaînement du plaisir de raconter ne signifie pas le dérèglement de ce plaisir. Le détail sera d'une grande importance, mais cela veut dire que l'économie aussi sera d'importance. La fantaisie peut également servir à être sobre. Il s'agit de s'en tenir à une matière qui soit riche. La pire ennemie du jeu authentique est la manie de faire joujou ; les digressions dénotent le mauvais narrateur, les facilités une basse complaisance à soi-même. L'énoncé direct est un des moyens essentiels à l'art épique.
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Molière
Lorsque vous peignez les hommes,
Il faut peindre d'après nature.
On veut que ces portraits ressemblent
Et vous n'avez rien fait si vous n'y faites
Reconnaître les gens de votre siècle.
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Peter Brook, Le diable c’est l’ennui, L’espace vide
...C'est de la vie sous une forme plus concentrée, plus courte, ramassée dans le temps et l'espace. ...Tout le problème est de savoir s'il y a cette étincelle, cette petite flamme qui s'allume et qui donne une intensité à ce moment ramassé, ou pas. ...au théâtre, d'une seconde à l'autre, le public peut être perdu... Le risque existe toujours, à chaque instant, que l'étincelle de vie disparaisse.
La seule justification de la forme théâtrale est la vie.
[…] des gens, nourris de Brecht et d’Artaud, travaillant avec de bons moyens donnés par de bons établissements, avec une bonne étude scénographique, une bonne analyse du contenu de la pièce… présentent une œuvre soutenue par tout ce qui rend leur acte culturellement respectable.
Pour faire du théâtre, pour examiner et pour comprendre le théâtre, il n’y a qu’une seule chose dont on ait besoin: la matière humaine.
Il suffit de regarder le travail de l’Actor’s Studio pour comprendre que le super-naturalisme peut donner une impression aussi artificielle que de chanter l’opéra
Toute forme créée est déjà moribonde
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Klee, Confession créatrice
L’art ne reproduit pas ce qui est visible. Il rend visible.
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Nietzsche, L’Origine de la tragédie
Celui-là est dramaturge qui ressent une irrésistible impulsion à se métamorphoser soi-même, à vivre et agir par d’autres corps et d’autres âmes.
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Shakespeare, Hamlet III, 2
Adapter l’action au mot, le mot à l’action, en prenant tout spécialement soin de ne pas outrepasser la retenue de la nature. Car tout ce qui est surfait de la sorte s’écarte de ce à quoi vise l’art du comédien, dont l’objet, aussi bien à l’origine que maintenant, fut et demeure de présenter en quelque sort le miroir à la nature, de montrer à la vertu ses traits, à l’objection son image, et au siècle même, à la réalité de l’époque, sa forme et son empreinte. Or, l’excès en cela, ou bien l’insuffisance, même s’ils font rire qui est inepte, ne peuvent que chagriner celui qui sait juger ; dont l’opinion seule, dans votre estime, doit l’emporter sur tout un théâtre des autres. Oh ! il est des comédiens que j’ai vu jouer, et entendu d’autres vanter, et cela hautement, qui, soit dit sans blasphème, n’ayant ni l’accent de chrétiens ni la démarche de chrétien, païen, ni homme au monde, ont à ce point paradé et beuglé que j’ai pensé que quelques tâcherons de la nature les avaient faits, et mal faits, tant ils imitaient l’humanité abominablement.
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Artaud, Le théâtre et la culture, La mise en scène et la métaphysique
S'il est encore quelque chose d'infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c'est de s'attarder artistiquement sur des formes, au lieu d'être comme des suppliciés que l'on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers.
Les idées claires sont, au théâtre comme partour ailleurs, des idées mortes et terminées.
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Tchékhov, La Mouette, IV
J'ai tant parlé de formes nouvelles, et voilà que je me sens moi-même glisser vers le conventionnel. […] Oui, je suis de plus en plus convaincu qu'il ne s'agit pas de formes anciennes ou nouvelles, mais simplement de ce qui vous coule librement du cœur, sans penser à une forme ou à une autre.

Dans la vie, il n'y a pas d'effets, ni de sujets bien tranchés ; tout y est mêlé, le profond et le mesquin, le tragique et le ridicule.""Les gens dînent, ils ne font que dîner, et pendant ce temps, s'édifie leur bonheur ou se défait leur existence toute entière.
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Edward Bond
La survie du théâtre (qui ne serait pas seulement divertissement commercial ni marchandise de vendeurs d’effets dramatiques) dépend de la création d’une nouvelle façon d’être acteurs, qui pénètre la situation et rende compte de ce qu’elle est avec rigueur, précision et netteté – parce que chaque fois elle est nouvelle – qui rende compte de ce que veut dire un être humain.
C’est au cœur de toutes mes pièces: mettre en jeu les complexités de l’être humain et de la situation en sorte que, les révélant, nous puissions les recréer – et ainsi comprendre mieux ce que nous faisons.
Comment faire en sorte que Lear soit Lear et Antigone, Antigone, et que les spectateurs quittent après la salle en sachant qu’ils se sont vus eux même? Si nous y parvenons, le théâtre retrouvera son utilité.
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Grotowski, Vers un théâtre pauvre
Qu’est-ce que le théâtre? Qu’est-ce que son unicité? Que peut-il faire que ne peuvent faire ni le film ni la télévision?
[…]
Le théâtre [peut] exister sans maquillage, sans costume autonome ni scénographie, sans un lieu séparé de spectacle (scène), sans effets de lumière ou de sons, etc. Il ne peut pas exister sans la relation acteur/spectateur, sans la communion de perception directe, “vivant”. […]
Il n’y a qu’un seul élément que le cinéma et la télévision ne peuvent voler au théâtre: la proximité de l’organisme vivant.
L’essence du théâtre est une rencontre. Celui qui accomplit un acte d’autorevelation est, pour ainsi dire, celui qui établit un contact avec lui-même. Cela veut dire une confrontation extrême, sincère, disciplinée, précise et totale- pas seulement une confrontation avec ses pensées, mais une confrontation qui implique tout son être, depuis ses instincts et son inconscient jusqu’à son état le plus lucide.
Pourquoi sommes-nous concernés par l’art? Pour dépasser nos frontières, aller au-delà de nos limites, remplir notre vide – pour nous accomplir. Ce n’est pas une condition, mais un processus au cours duquel ce qui est sombre en nous devient lentement transparent. Dans ce combat avec la propre vérité de chacun, cet effort pour arracher le masque de la vie, le théâtre avec sa perception par la chair, m’a toujours semblé une sorte de provocation.
Nous ne travaillons pas pour l’homme qui va au théâtre pour satisfaire un besoin social […] Nous ne sommes pas ici pour satisfaire ses “besoins culturels”. Mensonge que tout cela. Pas plus que nous travaillons pour l’homme qui va au théâtre se détendre. […] Ce qui nous concerne, c’est le spectateur qui souhaite réellement, par la confrontation avec le spectacle, s’analyser lui-même. Ce qui nous concerne, c’est le spectateur qui ne s’arrête pas à l’étage élémentaire d’intégration psychique, content de sa pauvre petite stabilité géométrique et spirituelle, connaissant exactement ce qui est bien et ce qui est mal, et qui jamais ne doute. Parce que ce n’est pas à lui que s’adressaient El Gréco, Norwid, Thomas Mann et Dostoïevski, mais à celui qui entreprend un processus sans fin d’autodéveloppement, dont l’inquiétude n’est pas générale, mais orientée vers la recherche de la vérité sur lui-même et de sa mission dans la vie.
L’essence du théâtre se trouve ni dans la narration d’un événement, ni dans la discussion d’une hypothèse avec le public, ni dans la représentation de la vie quotidienne, ni même dans une vision – mais le théâtre est un acte accompli ici et maintenant dans les organismes des acteurs, devant d’autres hommes, quand nous découvrons que la réalité théâtrale est instantanée, non pas une illustration de la vie mais quelque chose près de la vie par analogie
Je m’intéresse à l’acteur parce que c’est un être humain. Cela suppose deux points principaux: premièrement, ma rencontre avec une autre personne […] : en bref, surmonter notre solitude. Deuxièmement, la tentative de se comprendre soi-même par l’attitude d’un autre homme, se retrouvant soi-même en lui.
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Pinter, 1962
Il y a deux silences. L’un où aucun mot n’est prononcé. L’autre où un torrent de langage peut être employé. Ce discours parle d’un langage enfermé en dessous de lui. Il y réfère sans cesse. Le discours que nous entendons est une indication de celui que nous n’entendons pas. C’est une esquive nécessaire, une parade violente, sournoise, angoissée ou moqueuse qui tient l’autre à distance. Quand le vrai silence tombe il nous reste un écho mais nous sommes plus près de la nudité. On pourrait dire que le discours est un stratagème sans cesse renouvelé pour couvrir notre nudité.
Nous avons souvent entendu ce vieux cliché usé: 'le manque de communication'... et on l'applique avec une certaine insistance à mes pièces. Moi, je crois le contraire. Je crois que nous ne communiquons que trop bien, dans notre silence, dans le non-dit, et que ce qui se passe est une continuelle évasion, un combat désespéré d'arrière-garde pour nous protéger. La communication fait trop peur. Entrer dans la vie de quelqu'un d'autre est trop effrayant. Révéler aux autres notre pauvreté intérieure est une possibilité trop terrifiante."

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Jacques Zabor

Certains spectacles vont puiser dans la vie, la poétique de la scène. Ils sont comme des îlots de résistance. Ne serait-il pas temps que nous nous réveillions, gens de théâtre, que nous nous secouions ? Il y en a des choses, des gens, des sentiments, des idées, des situations, des poétiques dans le réel. Il y a TOUT dans ce réel, ce réel mouvant, perturbant, humain, il y a tout, tout ce qui devrait nous aider à sortir de la nasse, à retrouver l'élan, à retrouver la Vie.
Jacques ZABOR, comédien, nous a quittés le 22 novembre 2007. Extraits de courriels à Michèle Simonnet publiés dans le magazine de l'ADAMI
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Laurent Terzieff
J'ai bon espoir pour le théâtre s'il refuse à la fois la facilité et l'imposture intellectuelle, s'il ne se constitue pas en entreprise spécialisée installant ses derricks autour des gisements de textes fondamentaux éternellement sujets à la glose, s'il ne prend pas le public pour un écolier, un otage, ou pire un touriste, en créant un mouvement soi-disant culturel et artistique qui tient plus de la mode que de la véritable recherche, avec juste ce qu'il faut de scandaleux et de folklorique pour émoustiller la foule et que le public vient visiter comme une curiosité qu'il faut avoir vu pour être dans le coup, s'il continue de refléter nos rêves, nos aspirations, nos illusions, nos combats, nos échecs, nos angoisses, et aussi nos mensonges et nos erreurs, et tout ça… pour la joie, pour la peine, pour unir nos solitudes, et aussi, pourquoi pas, pour rire.
J'ai bon espoir pour le théâtre si on le laisse aller vers la vie.

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